Toponymie : le nom Pakistan
a été créé en 1933 à Cambridge
par un étudiant musulman en
combinant les lettres des
provinces : P pour Pendjab,
A pour la province frontalière
du N.-O., K pour Kashemir,
S pour Sind, TAN enfin de
Baloutchistan. Le Pakistan
est aussi appelé "pays des
purs".


M.IQBAL



Extrait du discours d’Ali Jinnah, Calcutta 1919 - Session spéciale de la ligue musulmane
{

L'HISTOIRE DU PAKISTAN

Ce fut après la révolte indienne de 1857, que le gouvernement britannique décida d'abolir les pouvoirs de la Compagnie britannique des Indes orientales,qui avait gouverné le sous
-continent depuis 1756, et assuma directement le pouvoir.
Le Congrès national indien, représentant l'écrasante majorité
hindoue,fut créé en 1885.

La ligue musulmane quant à elle, fut formée en 1906 pour
représenter et préserver les intérêts de la minorité musulmane.
Quand, en 1909, les Britanniques adoptèrent des réformes
constitutionnelles, les musulmans demandèrent et obtinrent des
listes électorales séparées.

L'idée d'un État musulman indépendant, situé en Asie-du-Sud,
fut élaborée en 1930 par le poète et philosophe sir Muhammad
Iqbal. Le nom de "Pakistan", qui vint à être utilisé pour
désigner cet État, serait, à l'origine, une abréviation
composée à partir des lettres des noms des provinces :
Punjab, Afgania (Province de la frontière du Nord-Ouest),
Kashmir, Indus-Sind et Baluchistan. D'après une autre
version,le nom signifierait "le pays des purs". Á la fin
des années 1930, Muhammad Ali Jinnah, leader de la Ligue
musulmane et considéré comme le père fondateur du Pakistan,
mit à son programme la fondation d'un État musulman séparé.

En 1946, lors des pourparlers préalables à l'indépendance,
le gouvernement britannique se prononça pour la partition
et, le 15 août 1947, transféra ses pouvoirs à l'Inde et au
Pakistan de manière séparée. Le Pakistan fut immédiatement
divisé en deux régions distinctes : le Pakistan occidental,
le Pakistan actuel et le Pakistan oriental, connu à présent
sous le nom de Bangladesh.

La division du sous-continent entraîna d'immenses
bouleversements au sein des populations, accompagnés de
violences et de massacres. Quelque 6 millions d'hindous
et de sikhs se déplacèrent du Pakistan en Inde, et près
de 8 millions de musulmans émigrèrent depuis l'Inde vers
le Pakistan. De plus, la décision du dirigeant hindou du
Jammu-et-Cachemire, dont les sujets étaient à 85% musulmans,
de se rattacher à l'Inde fut mise en question par le Pakistan
et une guerre éclata entre les deux pays. Bien que, par la
suite, l'Organisation des Nations unies (ONU) ait proposé la
tenue d'un référendum afin de déterminer l'avenir du Cachemire,
l'Inde refusa cette proposition et continua d'occuper environ
les deux tiers de l'État.

Le chef du premier gouvernement indépendant du Pakistan fut
le Premier ministre Liaqat Ali Khan. Muhammad Ali Jinnah fut
gouverneur général jusqu'à sa mort, en 1948. De 1947 à 1951,
le Pakistan fut en proie à une grande instabilité. Liaqat Ali
Khan fut assassiné en 1951 et Khawaia Nazimudin, Pakistanais
oriental qui avait été gouverneur général depuis la mort de
Jinnah, devint Premier ministre. Cependant, incapable d'empêcher
l'érosion de la popularité de la Ligue musulmane au Pakistan
oriental, il fut contraint de céder la place à un autre
Pakistanais oriental, Muhammad Ali Bogra, en 1953. La débâcle
de la Ligue musulmane, lors des élections du Pakistan oriental,
en 1954, provoqua de nouvelles élections. La nouvelle assemblée,
qui fut inaugurée en 1955, n'était plus dominée par la Ligue
musulmane. Muhammad Ali Bogra fut alors remplacé par un
Pakistanais occidental, Chaudhri Muhammad Ali. Iskander Mirza
devint le gouverneur général du pays. L'assemblée élabora une
nouvelle Constitution, qui fut adoptée le 2 mars 1956, et
proclama la République islamique du Pakistan. Mirza fut élu
président provisoire. En dépit de la nouvelle Constitution,
l'instabilité politique persista : aucun parti n'avait de
majorité nette à l'Assemblée nationale. Des différends avec
ses trois Premiers ministres successifs, Huseyn Shaheed
Suhrawardy, leader de la ligue Awami du Pakistan oriental,
Ismail Ibrahim Chundrigar, à la tête d'un gouvernement de
coalition, et Firoz Khan Noon, leader du Parti républicain,
amenèrent le président Mirza à proclamer la loi martiale le
7 octobre 1958, puis à destituer le gouvernement de Noon et
à prononcer la dissolution de l'Assemblée nationale.
Le président fut soutenu par le général Muhammad Ayyub Khan,
commandant en chef des armées. Vingt jours plus tard, Ayyub
força le président à démissionner et assuma lui-même la
présidence.

Ayyub Khan gouverna le Pakistan avec un pouvoir quasi absolu
pendant plus de dix ans, sans éliminer les problèmes
fondamentaux de la société pakistanaise. Il engagea une
réforme agraire (900 000 hectares furent distribués à 150 000
fermiers), mais la majorité des terres continua d'appartenir
à une minorité de très riches propriétaires. Ayyub imposa des
restrictions sur la polygamie et le divorce, et renforça
également les droits de succession des femmes et des mineurs.
Ses relations cordiales avec les États-Unis permirent au
Pakistan de bénéficier d'une aide économique et militaire
importante mais, quand éclata une nouvelle guerre contre l'Inde
à propos du Cachemire, les États-Unis suspendirent l'aide
militaire et économique aux deux pays. Voyant le Pakistan privé
des armes dont il avait besoin, l'URSS intervint pour servir
de médiateur, et les accords de Tachkent de janvier 1966
établirent la paix entre les deux belligérants. Le ministre des
Affaires étrangères Zulfikar Ali Bhutto démissionna de son poste
et mena une campagne contre la dictature d'Ayyub et la "perte"
du Cachemire. En mars 1969, Ayyub donna sa démission et
transmit le pouvoir au commandant en chef des armées, le général
Agha Muhammad Yahya Khan, qui devint président et proclama à
nouveau la loi martiale.

Pour tenter de rendre son régime plus démocratique, Yahya
révoqua près de 300 fonctionnaires haut placés et s'attaqua
aux 30 familles qui contrôlaient près de la moitié du produit
national brut du Pakistan. Cependant, la principale menace pour
l'unité du pays vint du Pakistan oriental, sous la conduite du
cheikh Mujibur Rahman, leader de la ligue Awami, qui exigea la
création d'une fédération au sein de laquelle le Pakistan
oriental serait quasiment indépendant. Il se prononça pour un
gouvernement fédéral, qui ne traiterait que des questions de
défense et de relations extérieures, avec deux monnaies
différentes. Les Pakistanais orientaux accueillirent son
programme avec beaucoup d'enthousiasme. Lors des élections de
décembre 1970, le "cheik Mujib" remporta une victoire écrasante
au Pakistan oriental et rassembla une nette majorité à
l'Assemblée nationale. Le Parti du peuple pakistanais (PPP),
formé par Bhutto en 1967, émergea alors en tant que premier
parti du Pakistan occidental. Soupçonnant le cheikh Mujib de
visées sécessionnistes, Yahya ajourna, en mars 1971, sine die,
les séances de l'Assemblée nationale. À son tour, Mujib établit
un gouvernement pratiquement indépendant au Pakistan oriental.
Des négociations échouèrent et Mujib fut arrêté. Pendant ce
temps, l'armée pakistanaise entra en action contre les partisans
de Mujib, qui demandaient la liberté et l'indépendance pour le
Pakistan oriental, ou Bangladesh ("Nation du Bengale").

Les opérations militaires qui s'ensuivirent au Pakistan
oriental firent un grand nombre de victimes. L'Inde affirma
que près de 10 millions de réfugiés bengalais avaient
franchi ses frontières. Les leaders de la ligue Awami se
réfugièrent à Calcutta et établirent un gouvernement en
exil. Finalement, l'Inde intervint le 3 décembre 1971, et
l'armée pakistanaise rendit les armes treize jours plus tard.
Le 20 décembre, Yahya abandonna le pouvoir à Bhutto et, en
janvier 1972 naquit l'État indépendant du Bangladesh.
Quand, la même année, le Bangladesh fut admis au Commonwealth,
le Pakistan s'en retira pour n'y retourner qu'en 1989.
Cependant, le gouvernement Bhutto reconnut l'existence de
l'État du Bangladesh en 1974.

Sous la conduite de Bhutto, le Pakistan, affaibli, commença
à réorganiser sa vie nationale. Bhutto nationalisa les
industries de base, les compagnies d'assurance, les banques,
les écoles et les universités. Il institua aussi une réforme
agraire limitée, qui avantagea les fermiers et les exploitants
agricoles aisés. Il retira les militaires des fonctions
décisionnaires mais, pour apaiser les généraux, il affecta
environ 6% du produit national brut au budget de la défense.
En 1973, l'Assemblée nationale adopta la cinquième Constitution
du pays. Bhutto devint Premier ministre, Fazal Elahi Chaudhy le
premplaça à la présidence.
L'hostilité des entrepreneurs et des capitalistes à l'égard de
Bhutto se fit plus vive après la mise en place de son programme
de nationalisations et de réformes agraires, et les leaders
religieux virent dans son socialisme un ennemi de l'islam.
Lors des élections générales de mars 1977, 9 partis d'opposition
s'unirent pour former la Pakistan National Alliance (PNA) et se
présenter face au PPP de Bhutto. Vaincue dans trois des quatre
provinces, la PNA accusa Bhutto d'avoir truqué le scrutin,
boycotta les élections provinciales et organisa des
manifestations dans tout le pays.

Quand la situation sembla totalement bloquée, le chef
d'état-major des armées, le général Muhammad Zia Ul-Haq,
monta un coup d'État le 5 juillet 1977 et imposa un nouveau
régime militaire. Bhutto fut jugé, déclaré coupable et pendu
le 4 avril 1979. Zia assuma officiellement la présidence en
1978, et la Charia fut proclamée loi du pays. La Constitution
de 1973 fut suspendue en 1979, et une magistrature fut
constituée dans les tribunaux afin de faire respecter la loi
islamique. Les intérêts bancaires furent supprimés.
Zia mit en place la nomination de deux vice-présidents et
autorisa les partis politiques qui avaient été approuvés par
la commission électorale avant le 30 septembre 1979.
Tous les autres partis, dont le PPP, présidé désormais par
la veuve de Bhutto et par sa fille, Benazir Bhutto, furent
dissous.
Le Pakistan fut très affecté par l'intervention des
Soviétiques en Afghanistan, en décembre 1979. En 1984,
quelque 3 millions de réfugiés afghans vivaient aux confins
du Pakistan et de l'Afghanistan, soutenus par le
gouvernement et par des organismes internationaux.
En septembre 1981, Zia accepta une offre d'aide économique
et militaire de six ans des États-Unis. En décembre 1984,
après l'approbation par référendum de la politique
d'islamisation de Zia et de la prolongation de sa présidence
jusqu'en 1990, Zia autorisa la tenue d'élections
législatives. Un gouvernement civil entra en fonction en
avril, et la loi martiale fut levée en décembre. En mai 1988,
Zia prononça la dissolution du gouvernement et décréta de
nouvelles élections. Trois mois après, il trouva la mort
dans un accident d'avion, et un régime militaire intérimaire
prit le pouvoir.

Ghulam Ishaq Khan, fonctionnaire, fut nommé président et
Benazir Bhutto devint Premier ministre après la victoire du
PPP aux élections générales de novembre 1988. Elle fut la
première femme à parvenir à la tête d'un État islamique
contemporain. En août 1990, le président Ishaq Khan destitua
le gouvernement Bhutto pour mauvaise gestion, et déclara
l'état d'urgence. Benazir Bhutto et le PPP perdirent les
élections d'octobre, après l'arrestation de celle-ci pour
corruption et abus de pouvoir. Le programme de privatisations
des entreprises d'État et d'encouragement à l'investissement
étranger, entrepris dans les années 1980, fut poursuivi par
le nouveau Premier ministre, Nawaz Sharif, chef de l'Islamic
Democratic Alliance ("!Alliance démocratique islamique!").
Il s'engagea également à ramener le pays à la loi islamique
et à atténuer les tensions continues avec l'Inde à propos
du Cachemire.
Des querelles de pouvoir entre Sharif et Khan provoquèrent
de nouvelles élections en octobre 1993. Le PPP les gagna et
Bhutto fut de nouveau nommée Premier ministre.

Avec Benazir Bhutto au pouvoir, les tensions entre l'Inde
et le Pakistan montèrent d'un cran. Le Premier ministre soutint
ouvertement les rebelles musulmans du Jammu-et-Cachemire,
occupé par l'Inde. De même, elle annonça que le Pakistan
poursuivrait son programme de développement de l'arme nucléaire,
ce qui souleva des inquiétudes quant à une éventuelle course
à l'armement nucléaire entre le Pakistan et l'Inde, qui
détenait l'arme atomique depuis les années 1970.

Au début de l'année 1996, la situation pakistanaise demeurait
instable. Des affrontements continuels se produisaient entre
extrémistes sunnites et chiites, entre factions de réfugiés
venus de l'Inde, et entre l'armée et les tribus de Pachtous
à la frontière afghane, avec, en arrière-plan, un fond de
corruption et de scandales politico-financiers.
Sur le plan extérieur, le Cachemire, où l'agitation
anti-indienne connaissait une recrudescence, maintenait un
foyer de tension avec ce pays voisin. Seule une certaine
amélioration de la situation économique, passant par une
réduction du déficit budgéraire, d'autres privatisations
et quelques nouveaux investissements étrangers, a pu
soulager quelque peu les difficultés du régime de Benazir
Bhutto. Accusée "!de népotisme, de corruption et de
violation répétée de la loi!", Benazir Buttho fut démise
de ses fonctions en novembre 1996 par le président Farouk
Ahmed Khan Leghari. Son parti enregistra une lourde
défaite aux élections législatives de février 1997,
remportées par la Ligue musulmane de Nawaz Sharif, qui
devint Premier ministre.



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Ali JINNAH