Nous nous sommes réunis ici principalement pour considérer la
situation qui prévaut grâce à la politique réfléchie et obstinée du
gouvernement depuis la signature de l’Armistice. D’abord nous avons
eu la loi Rowlatt, accompagnée par les atrocités du Panjab [sous la
férule du colonel Dyer] et ensuite est venue la spoliation de l’empire
Ottoman et du Califat. L’une attaque notre liberté et l’autre notre foi.
Or chaque pays a deux fonctions principales à accomplir : l’une
consiste à faire entendre sa voix dans la politique internationale, et
l’autre à maintenir sur son territoire les plus nobles idéaux de justice et
d’humanité. Mais il faut bien avoir sa propre administration en mains
propres pour appliquer cela d’une manière satisfaisante. En ce qui
concerne, en matière internationale, (...) nonobstant l’opinion unanime
des musulmans et en contradiction avec les engagements solennels du
Premier Ministre, des conditions outrageuses et ignobles ont été
imposées à la Turquie et l’empire Ottoman a servi de butin et a été
brisé par les Alliés avec le prétexte des Mandats. Cela, grâce à Dieu,
nous a finalement convaincu, nous tous, que nous ne pouvons plus
faire confiance au gouvernement de l’Inde ni au gouvernement de sa
Majesté le Roi d’Angleterre, pour représenter l’Inde en matière
internationale.
Et maintenant tournons-nous vers le Panjab : la législation de Star
votée à la chambre, et connue sous le nom du fameux président du
comité Rowlatt, a été appliquée par le gouvernement de Lord
Chemlsford, et le résultat en a été « ces célèbres crimes » que ni les
mots des hommes ni les pleurs des femmes ne peuvent laver. Ils
appellent cela une « erreur de jugement ». Si c’est leur dernier mot, je
suis d’accord avec eux : c’est bien une erreur de jugement et ils
devront payer pour cela. Sinon aujourd’hui, du moins demain. Une
chose est indiscutable : ce gouvernement doit partir et laisser la place
à un gouvernement entièrement responsable. Des rassemblements du
Congrès et de la ligue musulmane n’aboutiront pas à ce résultat. Nous
devrons imaginer une forme d’action plus efficace que de voter des
résolutions de désaccord pour les envoyer au Secrétaire d’état à l’Inde.
Et nous trouverons certainement un moyen de même que la France et
l’Italie l’ont fait ou l’Égypte nouvellement née. Nous ne prendront
aucun repos jusqu’à ce que nous ayons atteint la liberté politique la
plus complète dans notre pays. Monsieur Gandhi a présenté son
programme de non coopération, appuyé par les autorités de la
Conférence du Califat. C’est maintenant à nous de considérer si nous
l’approuvons ou non dans ses principes et, si nous l’approuvons dans
ses principes, il nous faut l’approuver ou non dans ses détails. Les
opérations de ce plan vont atteindre chacun dans son individualité et
donc c’est à nous seuls de mesurer notre force et de peser le pour et le
contre de ces questions avant que nous arrivions à une décision. Mais
une fois que vous aurez décidé d’aller de l’avant, il n’y aura pas de
retraite dans aucune circonstance.
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