Extrait du discours d’Ali Jinnah, Calcutta 1919 - Session spéciale de la ligue musulmane



Nous nous sommes réunis ici principalement pour considérer la situation qui prévaut grâce à la politique réfléchie et obstinée du gouvernement depuis la signature de l’Armistice. D’abord nous avons eu la loi Rowlatt, accompagnée par les atrocités du Panjab [sous la férule du colonel Dyer] et ensuite est venue la spoliation de l’empire Ottoman et du Califat. L’une attaque notre liberté et l’autre notre foi. Or chaque pays a deux fonctions principales à accomplir : l’une consiste à faire entendre sa voix dans la politique internationale, et l’autre à maintenir sur son territoire les plus nobles idéaux de justice et d’humanité. Mais il faut bien avoir sa propre administration en mains propres pour appliquer cela d’une manière satisfaisante. En ce qui concerne, en matière internationale, (...) nonobstant l’opinion unanime des musulmans et en contradiction avec les engagements solennels du Premier Ministre, des conditions outrageuses et ignobles ont été imposées à la Turquie et l’empire Ottoman a servi de butin et a été brisé par les Alliés avec le prétexte des Mandats. Cela, grâce à Dieu, nous a finalement convaincu, nous tous, que nous ne pouvons plus faire confiance au gouvernement de l’Inde ni au gouvernement de sa Majesté le Roi d’Angleterre, pour représenter l’Inde en matière internationale.

Et maintenant tournons-nous vers le Panjab : la législation de Star votée à la chambre, et connue sous le nom du fameux président du comité Rowlatt, a été appliquée par le gouvernement de Lord Chemlsford, et le résultat en a été « ces célèbres crimes » que ni les mots des hommes ni les pleurs des femmes ne peuvent laver. Ils appellent cela une « erreur de jugement ». Si c’est leur dernier mot, je suis d’accord avec eux : c’est bien une erreur de jugement et ils devront payer pour cela. Sinon aujourd’hui, du moins demain. Une chose est indiscutable : ce gouvernement doit partir et laisser la place à un gouvernement entièrement responsable. Des rassemblements du Congrès et de la ligue musulmane n’aboutiront pas à ce résultat. Nous devrons imaginer une forme d’action plus efficace que de voter des résolutions de désaccord pour les envoyer au Secrétaire d’état à l’Inde. Et nous trouverons certainement un moyen de même que la France et l’Italie l’ont fait ou l’Égypte nouvellement née. Nous ne prendront aucun repos jusqu’à ce que nous ayons atteint la liberté politique la plus complète dans notre pays. Monsieur Gandhi a présenté son programme de non coopération, appuyé par les autorités de la Conférence du Califat. C’est maintenant à nous de considérer si nous l’approuvons ou non dans ses principes et, si nous l’approuvons dans ses principes, il nous faut l’approuver ou non dans ses détails. Les opérations de ce plan vont atteindre chacun dans son individualité et donc c’est à nous seuls de mesurer notre force et de peser le pour et le contre de ces questions avant que nous arrivions à une décision. Mais une fois que vous aurez décidé d’aller de l’avant, il n’y aura pas de retraite dans aucune circonstance.



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