Santé et Islam
Le Ramadhan quelques
aspects spirituels, sociaux et médicaux

Ramadan
est un des mois sacrés du calendrier lunaire musulman. Durant cette période, il
est prescrit aux croyantes et aux croyants pubères, conscients et en bonne
santé de jeûner du début de l’aube au coucher de soleil.
Ce
jeûne implique l’absence d’absorption d’aliments, qu’ils soient liquides ou
solides, ainsi que l’interdiction de relations charnelles entre époux.
J’ai
toujours été frappé par la manière dont différentes personnes parlaient de
cette période :
-
d’un côté les croyants pratiquants qui en parlent comme d’un moment privilégié
où ils vivent leur religion de manière plus intense, propice à l’introspection,
à l’adoration du Créateur de l’univers, à l’apprentissage et à la transmission
de la religion, aux bonnes oeuvres.....
-
de l’autre côté, une grande partie de ceux qui n’ont pas la chance de croire ou
de pratiquer et pour qui ce mois semble l’abomination des abominations. Ils
regardent alors le premier groupe comme des extra-terrestre qu’ils n’arrivent
pas à comprendre : comment ces être humains, pourtant biologiquement
semblables, arrivent à faire ainsi souffrir leur corps, en plus sans trop de difficultés
apparentes alors qu’eux mêmes n’arrivent pas à sauter un repas sans dommages
importants ?
L’attitude
de ce deuxième groupe résume d’ailleurs l’attitude de nombreux non-musulmans
face à l’islam : ils voient notre religion comme un ensemble de contraintes
inutiles imposées aux croyants et ils n’arrivent pas à imaginer que des
personnes sensées puissent les accepter librement sans chercher à s’en
émanciper.
Les
musulmans qui pratiquent régulièrement sur une longue période ne sentent plus
le poids des contraintes qu’ils ont librement choisies d’appliquer, elles
constituent des fondations sur lesquelles ils bâtissent leur vie : les piliers
de l’islam. Le Ramadan est un des cinq piliers de l’islam : "Ô les
croyants ! On vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux d’avant
vous, ainsi atteindrez-vous la piété,
pendant un nombre déterminé de jours. Quiconque d’entre vous est
malade ou en voyage, devra jeûner un nombre égal d’autres jours. Mais pour ceux
qui ne pourraient supporter qu’(avec grande difficulté), il y a une
compensation : nourrir un pauvre. Et si quelqu’un fait plus de son propre gré,
c’est pour lui ; mais il est mieux pour vous de jeûner ; si vous saviez !
(Ces jours sont) le mois de Ramadan au cours duquel le Coran a été
descendu comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et
du discernement. Donc, quiconque d’entre vous est présent en ce mois, qu’il
jeûne ! Et quiconque est malade ou en voyage, alors qu’il jeûne un nombre égal
d’autres jours. - Allah veut pour vous la facilité, il ne veut pas la
difficulté pour vous, afin que vous en complétiez le nombre et que vous
proclamiez la grandeur d’Allah pour vous avoir guidés, et afin que vous soyez
reconnaissants !" Coran, sourate II (Al-Baqarah) versets 183 à 185
Les
pratiquants ne voient plus alors que les aspects positifs de leur religion à
savoir la formidable ambiance qui y règne, le resserrement des liens amicaux,
fraternels et familiaux en plus de la formidable relation qu’ils entretiennent
avec leur Créateur.
Au
plan spirituel, en obéissant au Créateur et en forçant son corps à accepter les
contraintes du jeûne, le croyant va à l’encontre d’un des instincts les plus
Basiques de l’être vivant : la recherche de nourriture. Il affirme ainsi la
prédominance de la croyance sur l’instinct. Il passe du stade animal, dominé
par ses instincts au statut d’humain croyant dirigé par son intellect et ayant
délibérément choisi de se soumettre au Créateur de l’univers.
II UNE ÉCOLE DE SOLIDARITÉ ET D’HUMILITÉ
Ramadan
brise notre routine, notre train-train quotidien. Nous avons l’habitude, en
occident, de faire trois repas par jour, et d’un coup, nous devons nous limiter
à un maximum de deux repas. Le corps nous rappelle à l’ordre, par la sensation
de faim, nous devons le dominer.
Cette
sensation de faim est en effet présente surtout les premiers jours, elle nous
rappelle notre précarité, la possibilité qu’un jour nous n’ayons pas à manger,
elle nous rappelle que des millions d’êtres humains meurent encore de faim
actuellement.
Comment
ne pas se sentir solidaires d’eux dont le jeûne est le quotidien involontaire
et forcé à longueur d’années. Comment les oublier alors que pour une fois la
sensation de faim nous taraude également ? Comment également ne pas remercier
Allah de nous nourrir tous les jours avant même que nous ayons faim ?
La
sensation de faim nous ramène à notre condition d’homme se souvenant que la
solidarité est indispensable à une vie harmonieuse en société. Fini les jeunes
loups aux dents longues, fini les "tueurs de concurrents" exigés par
les sociétés capitalistes. La cellule de base de toute société humaine, n’est
pas l’entreprise, c’est l’être humain !
D’autant
plus qu’à la sensation de faim se rajoutent tous les manques des différentes
toxicomanies, autant de pentes glissantes sur lesquelles le croyant se sera
éventuellement aventuré durant le reste de l’année et qui se rappellent à son
bon souvenir au moment du jeûne !
Le
réveil est parfois difficile, comment oublier notre faiblesse alors que
quelques heures de jeûne suffisent pour nous rappeler tous nos défauts ?
Cette
humilité forcée, d’une acuité importante, est le point de départ de
l’introspection annuelle à laquelle nous convie ce mois sacré. Où en sommes
nous vis à vis des pulsions parfois négatives qui nous habitent ? Quels ont été
nos mauvais choix ? Les orientations que nous avons prises ont-elles été
suivies des effets escomptés ? Existe-t-il encore de grandes failles dans notre
relation aux autres et surtout dans notre relation au Créateur ?
Par
ailleurs, de très nombreux versets du Coran et de très nombreux hadiths nous
appellent à faire des efforts particuliers envers nos proches et nos moins
proches. C’est l’occasion de multiplier les bonnes actions notamment en
manifestant notre solidarité financière avec des causes humanitaires ou avec
les plus démunis.
III UN MOMENT PRIVILÉGIÉ POUR L’INDIVIDU, SA FAMILLE, SA COMMUNAUTÉ,
SA SOCIÉTÉ
Notre
vie est rythmée par les horaires de nos repas, et, pour les croyants, par les
horaires des prières. En changeant les horaires des repas notre quotidien
change. Le croyant se lève plus tôt, avant d’aller au travail, il a le temps de
lire le coran, de réfléchir sur sa vie. Entre midi et deux heures, il ne
déjeune pas, il a également du temps durant la journée.
Mais
c’est surtout le soir que ce mois sacré grave les meilleurs souvenirs dans
notre mémoire. Tout le monde se retrouve, sans retard, autour de la table
familiale. A la joie qui suit la rupture du jeûne s’ajoute la joie d’être
ensemble, en famille ou avec des amis, à échanger les petits riens qui font que
l’on s’apprécie tant.
C’est
cette ambiance exceptionnelle qui fait que même ceux qui n’ont pas le devoir de
jeûner souhaitent fortement participer au jeûne qui unit les croyants.
Puis
vient la prière de Trawih, en commun à la mosquée, c’est là que l’on retrouve
tous les musulmans pour également s’échanger les nouvelles des uns et des
autres, s’informer des difficultés que rencontre tel ou tel, lui manifester
notre solidarité.
Pendant
un mois, chacun prend conscience de son identité et des liens qui l’unissent
aux autres croyants. Et durant le reste de l’année, il se souviendra avec
nostalgie de ces moments privilégiés.
C’est
pourquoi les croyants attendent avec impatience ce mois béni. La récompense du
jeûne est auprès de notre Seigneur mais ses effets positifs en sont
immédiatement ressentis.
IV ASPECTS MÉDICAUX
Ramadan
a des conséquences médicales importantes, dans le domaine hormonal, dans le
domaine de de l’hydratation, sur le transit, dans le domaine psychologique
également.
- dans le domaine hormonal : le jeûne entraîne une inversion des cycles
insuline-glucagon.
Durant
le reste de l’année, l’hormone digestive la plus sécrétée est l’insuline. Il
s’agit d’une hormone qui permet au glucose, un sucre qui constitue le véritable
carburant de notre organisme, de pénétrer dans les cellules pour y être
consommé et transformé en énergie.
L’insuline
permet également la mise en réserve du surplus d’énergie fournie par
l’alimentation. Il semble qu’il existe une importante relation entre l’insuline
et le système adrénergique. L’adrénaline est l’hormone de l’effort, de la
consommation rapide d’énergie, du combat.
L’insuline
en faisant entrer le glucose dans les cellules entraîne dans les premiers jours
de ramadan des hypoglycémies c’est à dire des chutes du taux de glucose dans le
sang. Ces hypoglycémies sont responsables de la sensation de faim ressentie par
le jeûneur.
Durant
le ramadan, après les premiers jours, l’insuline laisse sa place prédominante
au glucagon. Le glucagon est l’hormone du jeûne, elle va mobiliser les réserves
de l’organisme en particulier les graisses pour fabriquer le précieux glucose
qui n’est plus apporté par l’alimentation.
La
prédominance du glucagon au bout de quelques jours de jeûne permet de moins
présenter d’hypoglycémies graves et donc de moins sentir la faim.
- dans le domaine de l’hydratation : le corps perd naturellement de l’eau en permanence
: par la respiration, par la transpiration, par les urines et par le tube
digestif (dans les selles). En temps normal, les apports couvrent les pertes,
si ce n’est pas le cas, la soif nous rappelle à nos devoirs vis à vis de notre
corps.
Mais
lors du jeûne, il ne nous est pas possible de répondre à la soif en absorbant
de l’eau. Le corps va alors s’adapter en réduisant les pertes : les urines
deviennent beaucoup plus concentrées et moins abondantes, le tube digestif
récupère l’eau des selles qui deviennent alors plus dures ce qui risque
d’amener une constipation.
C’est
ainsi qu’une fois par an, en jeûnant, nous ré-activons des mécanismes de notre
corps qui ne sont pas utilisés en temps normal mais qui, en cas de pénurie de
nourriture ou d’eau, nous permettraient de survivre plus longtemps. On peut
raisonnablement penser que la ré-activation régulière de ses mécanismes les
entretient et leur permet d’être immédiatement disponible en cas de besoin,
comme l’exercice physique entretient les muscles, les os et les articulations.
- dans le domaine psychologique : Le jeûne est incontestablement une contrainte que
l’esprit impose au corps. Le fait de jeûner est une victoire de la volonté du
croyant sur ses pulsions naturelles.
L’’islam
vise à une hiérarchisation des forces psychiques, physiques et sociales : la
logique doit dominer les sentiments, de même que la morale doit canaliser les
pulsions comme l’exprime le hadith suivant :
"Selon Abou Moh’ammed Abdallah ben Amrou ben El-Aç (que Dieu soit
satisfait de lui et de son père), l’Envoyé de Dieu (à lui, bénédiction et
salut) a dit : <<Aucun de vous ne deviendra véritablement croyant que
lorsque ses passions se plieront aux règles que je vous ai apportées.>> Hadith N°41 (première partie)
rapporté par An Nawawi.
Le
jeûne permet de montrer au croyant qu’il peut canaliser ses passions par sa
raison puisqu’il réussit chaque jour à surmonter ses pulsions de faim et de
soif.
Cette
victoire quotidienne construit véritablement le psychisme des croyants.
Un
autre aspect est l’interdiction de la colère durant je jeûne. Or la faim et la
soif constituent des aiguillons qui nous rendent plus irritables. Si le croyant
arrive à dominer ses pulsions de colère durant cette période d’irritabilité
accrue qu’est le jeûne, il y arrivera d’autant mieux lorsqu’il ne jeûnera pas !
C’est
ainsi que le jeûne du Ramadan est une formidable école de patience et
d’endurance permettant aux croyants de renforcer leur personnalité tout en les
rendant plus sociables et plus agréables.
Quelques conseils diététiques : Il découle de ce qui précède que le régime
alimentaire du jeûneur en bonne santé doit être modifié s’il ne souhaite pas
subir les inconvénients qui pourraient résulter d’un jeûne mal préparé
(constipation, hypoglycémies, infections urinaires....). Voici quelques
conseils de bon sens :
-
Il faut se lever pour manger et boire avant l’aube. Le "petit
déjeuner" comprendra des boissons abondantes comme des produits laitiers
par exemple, des aliments contenant des sucres lents tels que des semoules, des
farines, des céréales...., des fruits frais pour les vitamines, des dattes en
quantité suffisante (plus de dix par jour) pour permettre au transit intestinal
de fixer l’eau et donc d’éviter la constipation.
-
Le repas de rupture du jeûne ne sera pas trop abondant, il comportera des
boissons abondantes en évitant les produits sucrés, il se fera de préférence en
deux temps, rupture simple avec du lait et des dates, repas dans un deuxième
temps comprenant beaucoup de légumes de manière à absorber suffisamment de
fibres.
-
On absorbera utilement au moment du coucher une cuillère à soupe d’huile
d’olive de manière à favoriser le transit.
V RAMADAN ET LA MALADIE
Cette
partie s’adresse surtout aux malades, elle comporte des aspects techniques qui
peuvent dérouter ou paraître fastidieux.
Comme
on peut le constater dans le versets 183 à 185 de la Sourate II cités plus
haut, les malades ont la possibilité de s’abstenir de jeûner durant le temps de
leur maladie.
Mais
les malades souhaitent souvent jeûner, malgré leur maladie. Ils doivent alors
prendre un ou plusieurs avis médicaux pour prévoir, dans la mesure du possible
quels seront les effets du jeûne sur leur maladie.
Un
médecin musulman, aura tendance à essayer de favoriser le jeûne sans doute plus
qu’un autre qui risque de ne pas bien comprendre l’acharnement de son patient à
vouloir jeûner en dépit de sa maladie.
Certaines
maladies sont, plus que d’autres sensibles au jeûne un petit nombre d’entre
elles seront examinés sans que cela dispense les malades de consulter leur
médecin pour avis et examen de la situation au cas par cas. Il est ici supposé
que le patient est un adulte et que la maladie est isolée.
Les maladies rénales : le rein est un organe de filtration et d’élimination des
déchets, le problème est que les malades du rein se perçoivent souvent comme
étant en bonne santé puisqu’ils ne souffrent pas !
Or
le jeûne du Ramadan, du fait de la privation de boissons et surtout en période
de grandes chaleurs, entraîne la diminution de la filtration glomérulaire
rénale.
Je
conseille donc aux patients souffrant d’une maladie rénale "en
poussée" et/ou dont la clairance à la créatinine est inférieure à 70
ml/minute de ne pas jeûner.
Ceux
qui souhaitent malgré tout essayer devront effectuer un ou deux jours de jeûne
puis contrôler l’absence d’infection urinaire et à nouveau leur fonction rénale
: si elle s’est aggravée, il doivent arrêter de jeûner, sinon,
ils peuvent continuer avec une surveillance hebdomadaire.
Le diabète : Le diabète est une maladie durant laquelle le glucose augmente dans le
sang. On distingue de diabète non insulino-dépendant (qui est traité par des
comprimés par voie orale) et le diabète insulino-dépendant dans lequel des
injections régulières d’insuline sont nécessaires.
Les
patients diabétiques non-insulino-dépendants qui souhaitent jeûner peuvent le
faire en continuant leur traitement s’il se fait en une ou deux prises
quotidiennes en adaptant éventuellement leur traitement sur les conseils de
leur médecin et en veillant à rompre leur jeûne s’ils présentent un malaise.
Par
contre les patients qui souffrent d’un diabète insulino-dépendant sont plus
difficiles à conseiller. Je pense que s’ils souhaitent absolument jeûner, il
faut qu’ils remplissent les conditions suivantes :
-
1° Le diabète doit être équilibré par le traitement depuis plus d'un mois.
-
2° Le patient doit savoir correctement pratiquer l’auto contrôle de sa glycémie
(le taux de sucre dans le sang). Pour cela il faut qu’il dispose d'une machine
personnelle de contrôle de sa glycémie et qu’il sache s'en servir.
-
3° Le malade doit, avant de commencer à jeûner, aller voir son médecin traitant
et lui annoncer son intention de jeûner, lui expliquer ce que ça implique, lui
demander de revoir son protocole d'injections d'insuline en fonction des
horaires des repas et en fonction des résultats de sa glycémie.
Il
faut bien noter deux choses :
-
le médecin traitant est un conseiller en matière de santé, il doit bien
expliquer le pourquoi de ses avis mais il ne peut pas choisir à la place du
patient s’il doit jeûner ou pas.
-
pour la grande majorité des savants musulmans, l'injection d'insuline ne rompt
pas le jeûne, de même que le contrôle de la glycémie. Elles sont donc possibles
durant la journée de jeûne.
-
4° Durant la journée de jeûne, le diabétique doit contrôler sa glycémie plus
souvent que d'habitude et en particulier au moindre malaise.
-
5° Si la glycémie descend en dessous de 0,70 gr/l, il doit absolument rompre le
jeûne même si son intention de départ était de jeûner toute la journée. C'est
très important parce que s’il ne le rompt pas, il met sa vie en danger.
L’asthme : Il
faut d'abord souligner que l'asthme est une maladie mortelle. D'autre part un
certain nombre de patients "jouent" à se faire peur en retardant le
moment de la prise de médicament lors de la crise. C'est un "jeu"
très déconseillé ! ! !
-
Soit leur asthme est bien stabilisé (moins d'une crise par semaine) grâce à
Allah par l'intermédiaire de leur traitement. Il doivent donc essayer de jeûner
en poursuivant leur traitement habituel :
*
Pour les comprimés, comme il n'y a qu'une ou deux prises par jour, voir plus
bas sur la prise de médicaments durant Ramadan ....
*
Pour les corticoïdes inhalés (bécotide, pulmicort.....) Il est possible de les
prendre en une ou deux fois par 24 h, donc même chose, les prendre en dehors
des périodes de jeûne.
*
Le problème se pose pour les bronchodilatateurs inhalés, en général des ß
mimétiques de type Ventoline® (Salbutamol), Maxair® (Pirbutérol), Bricanyl®
(Terbutaline)..... Car une toute petite partie du produit passe quand même dans
l'oesophage. La question est donc de savoir si en inhaler durant les périodes
du jeûne rompt le jeûne ou pas sachant que la prise de ce type de médicament
quatre fois par jour ou plus peut être nécessaire.... (donc également durant la
journée, période de jeûne). La majorité des savants, tout en soulignant le
devoir absolu de traiter une crise, considèrent que la prise d’aérosols inhalés
rompt le jeûne.
Mais si une crise survient, ils doivent immédiatement interrompre leur
jeûne pour se traiter sans attendre, ils devront alors rattraper la journée de jeûne une
fois que cela ira mieux ou payer le repas d'un pauvre.
-
Soit leur asthme n'est pas stabilisé, (plusieurs crises par jour), il est alors
préférable qu'ils n'essaient pas de jeûner pour ne pas déstabiliser encore plus
leur état et qu'ils poursuivent scrupuleusement leur traitement. Il devront
alors rattraper la journée de jeûne une fois que cela ira mieux ou payer le
repas d'un pauvre.
La grossesse : Il faut d’abord remarquer que la grossesse n’est pas une maladie mais
un état physiologique. Par ailleurs des générations de musulmanes ont jeûné
tout en étant enceintes, si le jeûne avait un effet négatif sur la santé de la
mère ou de l’enfant, on l’aurait remarqué de longue date !
Il
faut tempérer les remarques précédentes en rappelant que la femme enceinte,
plus que d’autres, risque de faire des hypoglycémies durant sa grossesse et que
si elle en fait, le bébé qu’elle porte en fait aussi, ce qui risque de lui être
dommageable.
On
peut donc affirmer qu’une femme enceinte a le droit de jeûner mais qu’elle doit
arrêter de le faire si elle ressent un malaise car le bébé risque de souffrir.
La prise de médicaments : Les médecins sont souvent interrogés par les patients sur
la prise de médicaments. Il faut souligner, en accord avec tous les savants
musulmans, que l’absorption par voie orale d’un médicament durant la journée
rompt le jeûne.
Les
fréquences de prises de médicaments sont calculées en fonction de leur
élimination. Il ne faut donc pas "sauter" une prise au risque de
compromettre tout le traitement. Par contre une adaptation des horaires de
prise est souvent possible :
-
Pour les patients qui prennent un traitement à prendre deux fois par jour, ils
peuvent le prendre en se levant le matin avant l’aube et reprendre leur
traitement au moment de l'Iftar (rupture du jeûne au coucher du soleil) le
soir.
-
Pour les patients qui prennent un traitement à prendre trois fois par jour, en
général, ils peuvent le prendre le matin avant l’aube, le soir à Iftar et
plutôt que de prendre le traitement à midi, absorber la troisième prise au
moment du coucher.....
Une
autre question concerne les injections. Une grande majorité de savants sont
d’avis que les injections effectuées dans un but médical (pas la toxicomanie à
l’héroïne donc) ne rompent pas le jeûne, sauf si elles ont un but nutritif
(injection de sérum glucosé par exemple).
Il
est donc tout à fait licite de se faire vacciner durant ramadan par exemple. Il
faut signaler qu’il existe des savant (minoritaires) qui considèrent que tout
apport extérieur de produit étranger rompt le jeûne. Ceux qui choisissent de
suivre cette fatwa ne pourront pas alors se faire vacciner durant la journée.
A
ma connaissance, les prises de sang, dans la mesure où il n’y a pas de
consommation d’un produit mais plutôt prélèvement, ne rompent pas le jeûne.
VI CONCLUSION
C’est
ainsi que le jeûne permet de marquer l’année qui s’est écoulée. Il s’agit bien
d’une purification annuelle brisant nos habitudes, nous invitant à
l’introspection, resserrant les liens familiaux et identitaires, centrant la
vie des musulmans autour de la mosquée et purifiant notre corps des maux que
nous lui avons infligé le reste de l’année.
Oui,
les musulmans attendent avec impatience ce mois sacré, et une fois ce mois béni
achevé, ils devront veiller à prolonger le plus longtemps possible les bonnes
habitudes qu’ils y ont prises et à se souvenir des bienfaits de leur Seigneur.
Salamaleicum
Conférence
du Dr.Abdallah le 26/11/2000 à Chalons en Champagne
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DocteurAbdallah |