Pourquoi jeûner ?
Par Muhammad HAMIDULLAH
Toutes
les civilisations anciennes, toutes les religions ont imposé à leurs fidèles
quelques jours de jeûne par an. Pourquoi ? Etait-ce simple superstition, ou
cette pratique comportait-elle une quelconque utilité ?
Nous
vivons en un temps où chaque citoyen, riche ou pauvre, peut avoir accès à
l’éducation. Nos gouvernements ne sont par ailleurs pas tenus à nous imposer la
pratique de nos devoirs spirituels. C’est pourquoi il peut être de savoir si
cet antique devoir du jeûne est encore dans l’intérêt de la société.
L’étude
préliminaire et objective de ce sujet incombe d’autant plus aux musulmans que,
non seulement la raison, mais encore le Coran, fondement même de l’Islam, le
leur enjoint.
En
effet, il n’est pas un seul des devoirs spirituels imposés par le Coran qui ne
soit accompagné d’un appel à la réflexion, à la méditation, pour que l’homme
puisse découvrir qu’il est dans son intérêt de l’accomplir. A maintes reprises,
le Coran exhorte à ne pas suivre aveuglément les coutumes des ancêtres, mais à
penser par soi-même, afin que l’homme soit, en toute justice, personnellement
responsable de ses actes. L’être humain ne doit pas agir seulement par instinct
comme les animaux, mais par décision personnelle comme il convient à un être à
qui Dieu a donné la raison , à l’exclusion des autres créatures.
L’homme
ne doit pas non plus plus se laisser berner par des mystifications qui isolent
la raison de la religion, ni croire pour croire, sans conviction réelle.
Certes,
les tempéraments diffèrent, et tous les individus n’ont pas les mêmes
aspirations. Il sera par exemple raisonnable, du point de vue de tout un
chacun, que celui qui entreprend quelque chose s’assure d’en obtenir une
réussite matérielle.
Un
pieux ermite, par contre, ne cherche que les avantages spirituels et le salut
de l’au-delà, renonçant aux gains matériels sans y être contraint par quoi que
ce soit. Dans l’une et l’autre de ces deux catégories, il y a très peu de gens
qui poussent les choses à l’extrême. La très grande majorité des êtres humains
aspire au bonheur dans l’au-delà aussi bien que sur terre.
A
ce double point de vue, l’Islam se signale par la manière dont il pourvoit aux
besoins des hommes, et le Coran (II,20) loue ceux qui s’adressent à Dieu dans
leurs prières en ces termes : “Donne-nous belle part ici-bas, belle part aussi
dans l’au-delà”, car c’est là l’idéal que cherche à inculquer l’Islam.
Comme
le jeûne est imposé par le Coran même, n’est-ce pas aux Musulmans de chercher à
découvrir le bien que cette institution leur procure dans ce monde et dans
l’autre ?
L’homme
étant à la fois corps et esprit, la poursuite exclusive des bienfaits pour une
seule de ces composantes se fera au détriment de l’autre, et détruira
l’équilibre de l’individu. L’intérêt véritable de l’homme exige l’harmonie
entre le corps et l’âme, ainsi que leur heureuse coordination.
Si
nous n’œuvrons qu’en faveur de l’esprit, nous deviendrons anges et même
au-delà. Or, Dieu a déjà créé les anges et n’a pas besoin d’en augmenter le
nombre.
De
même, si nous dépensons toute notre énergie en faveur du bien-être matériel et
de l’intérêt égoïste, nous deviendrons des bêtes, des diables, et même pire.
Or, Dieu a déjà créé des êtres de ce genre, et, devenant bêtes ou diables, nous
allons à l’encontre de l’intention divine qui présida à la création des êtres
doués du pouvoir d’accomplir des œuvres, tant spirituelles que matérielles, et
doués de raison pour distinguer le bien du mal.
Que
l’homme s’efforce donc de développer et de coordonner tous les talents que Dieu
lui a donnés !
Avant
de tenter de pénétrer les fondements du jeûne, écoutons les termes précis dans
lesquels le Coran promulgue ce décret :
Le jeûne et le Coran
Voici
ce que dit le Coran à propos du jeûne :
“Hô,
les Croyants! On vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux d’avant
vous— peut-être seriez-vous pieux ! — pendant des jours comptés. Donc,
quiconque d’entre vous est malade, ou en voyage, alors, qu’il compte d’autres
jours. Mais pour ceux qui pourraient le supporter, il y a une rançon : la
nourriture d’un pauvre. Et si quelqu’un fait plus, c’est bien pour lui : mais
il est mieux pour vous de jeûner, si vous saviez !
C’est
dans le moins de Ramadan qu’on a fait descendre le Coran comme Guidée pour les
gens et en preuves de Guidée et discernement. Donc quiconque d’entre vous est
présent à ce mois, qu’il le jeûne ! Et quiconque est malade ou en voyage, alors
qu’il compte d’autre jours; —Dieu veut pour vous la facilité. Il ne veut pas
pour vous la difficulté, mais que vous en accomplissiez bien le nombre, et
proclamiez la grandeur de Dieu pour ce qu’il vous a guidés.
Peut-être
seriez-vous reconnaissants !” (II : 183-5).
Au
début de ce passage, il est dit que d’autres religions ordonnent aussi le
jeûne. Voyons donc ce qu’elles enseignent à cet égard. Une comparaison avec
l’Islam ne sera pas dépourvue d’intérêt.
Le jeûne dans les autres religions
L’Islam
se considère comme religion révélée de tous temps à l’Humanité par l’intermédiaire
des prophètes successifs, venus raviver la Vérité Eternelle et la purifier des
apports ultérieurs, étrangers à l’enseignement de chaque Envoyé chargé, par
mission divine, de guider son peuple.
Sabéisme : en l’honneur de la Lune, les Sabéens de Harrân observaient un jeûne
de trente jours, ne mangeant ni ne buvant de l’aube au coucher du soleil ( cf.
Encylopedia of Religion and Ethics, vol. 5, p.764, s.v. “Harrân”, citant
Chwolson, Die Ssabier und der Ssabismus, II, 711, 226).
Abraham,
Hanif (1), de bienheureuse mémoire, fut envoyé comme Prophète auprès des
Sabéens de l’Irak.
A
l’encontre de la tradition païenne, le Coran (XLI:37), lui, interdit d’adorer
le Soleil ou la Lune. Mais, confirmant la restauration du Hanifisme, ou religion
véridique du Prophète Abraham, il prescrit à ses fidèles un mois de jeûne.
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(1)
Hanîf : en arabe, “celui qui s’écarte” (c’est-à-dire des religions erronées);
par extension : monothéiste.
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Judaïsme : Les Israélites jeûnent un jour par an, le Yom Kippour, le 10 de
Tichri, le 1er jour de leur calendrier, 24 heures durant, d’un coucher de
soleil l’autre. Au cours de la prière qu’ils récitent, le Yom Kippour, ils
disent : “Grâce à Ta Sollicitude infinie, O Eternel, tu nous a donné le Kippour
pour la rémission de toutes nos fautes et as appelé cette fête sainte
solennité, en souvenir de la sortie d’Egypte” (cf. Rituel de prière pour tous
les jours de l’année, traduit par le Grand Rabbin S. Debré, 1932, p 679-681).
Les
plus pieux parmi les juifs jeûnent les lundis de chaque semaine, en souvenir,
expliquent-ils, de Moïse, de mémoire bénie, qui est monté sur le Mont Sinaï un
jeudi, et en est redescendu 40 jours après, un lundi, muni des Table de la Loi
(Encyclopedia Of Religion and Ethics, v. p. 765).
Les
plus pieux parmi les juifs jeûnes les lundis et jeudis de chaque semaine, en
souvenir, expliquent-ils, de Moïse, de mémoire bénie, qui est monté sur le Mont
Sinaï un jeudi, et redescendu 40 jours après, un lundi, muni des Tables de la
loi (Encyclopidia Of Religion and Ethics, v.p. 765).
Rappelons
en passant qu’avant l’Islam, les Mecquois jeûnaient le âchoura (le 10 de
Muharram, le 1er mois de leur calendrier) et qu’avant sa prédication de
l’Islam, le Prophète jeûnait également ce jour. Il continua quand il arriva à
Médine et ordonna d’en faire autant. Mais quand le jeûne de Ramadân fut
prescrit, il abandonna celui de âchoura. Jeûna alors ce jour-là qui voulut, et
s’en abstint qui voulut”.
(cf.
Bukhâri 30/69/3).
Les
Mecquois n’étant pas juifs, il est invraisemblable d’imaginer que ce jeûne ait
été pratiqué sous une quelque influence juive. Peut-être y a-t il une origine
commune plus ancienne, remontant aux Prophètes Abraham, ou même Noé.
D’ailleurs, ce jeûne des Mecquois préislamiques ne durait pas 24 heures,
contrairement à celui des juifs.
En
passant, on constatera que ce jeûne de âchoura, antérieur à la révélation
islamique, n’a par conséquent aucun rapport avec le martyre de l’Imam Hussein,
petit-fils du Prophète, tué ce jour-là sur le champ de bataille, et ce,
contrairement théories ch’ites.
Christianisme : Jésus, de mémoire bénie, jeûnait ( peut-être à la façon juive) et a
recommandé de l’imiter, mais sans préciser l’époque ni la durée de ce jeûne.
Les
premiers chrétiens ont pensé à son célèbre jeûne de 40jours dans le désert, et
le carême fut consacré à l’abstinence et à la pénitence, en souvenir du Christ.
Mais cette pratique n’était pas uniforme. Avant 439, les chrétiens de Rome
jeûnaient pendant trois semaines, et ceux d’Alexandrie pendant sept semaines,
avec cette particularité que les samedis et les dimanches n’étaient pas jeûnés,
sauf le samedi saint. Cela faisait 36 jours en tout (cf. La Grande
Encyclopédie, s.v. Carême).
On
pensait que ces 36 jours représentaient la 10e partie d’une année complète. De
même qu’on payait, à titre d’impôt religieux, la dîme (10e partie) sur les
biens, on la payait sur les aliments et les boissons.
Or,
rappelons en passant que l’année chrétienne (année solaire) comprend toujours
plus de 360 jours. Considérer 36 jours de jeûne comme le 10e de l’année est
donc un compte fictif.
Je
ne sais quand les chrétiens d’Alexandrie ont pensé aux 36 jours, à l’encontre
de la pratique de Rome, mais il convient de mentionner quelques paroles du
Prophète de l’Islam : “Il y a impôt sur chaque chose, sur le corps étant le
jeûne” (cf. Ibn Mâhah nº 1745). Et encore : “Quiconque jeûne tout le mois de
Ramadan et y ajoute encore 6 jours dans le mois suivant, Chawwâl, c’est comme
s’il jeûnait toute une année.” (cf. Ibn Mâjah n 1715). Le Coran (VI, 160) a
bien dit : “Quiconque viendra avec un bien, à lui alors dix autant”. Le mois
lunaire (islamique) compte de 29 à 30 jours, et l’année lunaire 355 jours (1)
en chiffres ronds. Si on jeûne pendant une année 29j + 6j = 35j et une autre
année 30j + 6j = 36j, ces jours, multipliés par dix, donneront alternativement
350 j et 360 j, soit une moyenne de 355 j, c’est-à-dire le nombre de jours de
l’année.
Une
autre méthode de calcul est suivante : 1 mois = 10 mois (puisque recomposé à 10
fois sa valeur) ; 6 jours = 60 jours = 2 mois ; 10 mois + 2 mois = 12 mois
(nombre de mois de l’année entière).
Le
jeûne n’incombait aux chrétiens qu’à l’âge de 21 ans. A la fin du 4e siècle, le
jeûne pouvait être rompu aussitôt après la 9e heure (depuis le lever du soleil)
c’est-à-dire 3 heures de l’après-midi, “moment où Jésus expira” (La Grande
Encyclopédie, s.v. Carême). “Un capitulaire de Charlemagne portait peine de
mort contre les infractions à la loi du Carême” (Idid).
Chez les Indiens Peaux-Rouges de l’Amérique : au méxique, les chefs religieux
jeûnent 160 jours (cf. La Grande Encyclopédie, s.v. le jeûne).
Dans
certaines religions, le jeûne était prescrit au printemps afin de diminuer les
viols, très fréquents à cette époque.
Rappelons
au passage cette citation du Saint Prophète Mohammad : “O jeunes gens, celui
d’entre vous qui est capable d’entrer en ménagée doit se marier; quant à celui
qui n’en a pas les moyens, qu’il jeûne, le jeûne lui est calmant” (Bukhâri,
67/2).
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(1)
Le mois lunaire n’a pas toujours la même durée et, selon l’Observatoire de
Paris, la lunaison dure 29 jours, plus de 6 à 20 jour suivant. La moyenne étant
: 29,530588 jours. Donc l’année lunaire aura en moyenne 354,367056 jour. Mais
il n’ y a pas de périodicité : il faut calculer pour chaque mois. On calcule,
non pas selon la durée de lunaison, mais à partir de la vision de la nouvelle
lune, tantôt en 29 jours, tantôt en 30 jours, ce qui absorbe les fractions. Et
il y a parfois plusieurs mois consécutifs de 29 jours, et aussi plusieurs mois
consécutifs de 30 jours.
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Hindouisme : les brahmanistes de l’Inde jeûnent religieusement lors des jours
qu’ils considèrent comme importants : à l’anniversaire des fondateurs de leur
religion, aux éclipses de lune ou de soleil... Ils s’abstiennent de s’alimenter
jusqu’à 3 heures de l’après-midi. D’aucuns se contentent de modifier leurs
habitudes : ils prennent du lait au lieu de pain.
Bouddisme : on peut dire que c’est l’hindouisme réformé. Seuls les lamas
(moines) jeûnent chez eux parfois, jamais les masses. Ce rapide tour d’horizon
suffit à démontrer le bien-fondé de la déclaration du Saint Coran : “Hô, les
Crayants! On vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux d’avant
vous, peut-être seriez-vous pieux ! — pendant des jours comptés...”. Le jeûne
existe donc bien aussi, dans les religions hindoue, bouddhiste et autres, mais
nulle part il n’est observé comme il l’est chez les musulmans. Un autre trait
curieux dans ce verset prescrivant le jeûne, et qui attire notre attention,
c’est son ton d’imprécision apparente : “Peut-être seriez-vous pieux... et
peut-être seriez-vous reconnaissants”. Pourquoi cette hésitation ? Il y a là
une particularité du style coranique que l’on retrouve à maintes et maintes
reprises.
Il
en découle au moins deux idées :
-
tout d’abord, la Toute-Puissance absolue de Dieu : en effet, Dieu peut faire ce
qu’Il veut sans contrainte, et malgré le culte que nous lui rendons, Il n’est
pas tenu de nous accorder ce que nous souhaiterons,
-
en second lieu, le libre arbitre de l’homme : Dieu, à travers le Coran, nous
dispense Son Enseignement, mais il dépend de nous d’apprendre ou de ne pas
apprendre.
L’argument contenu dans le
verset relatif aux effets du jeûne peut inspirer la crainte de Dieu aux uns,
tandis que les autres persévéreront dans leur obstination.
Le ton d’hésitation,
dans le même verset, se rapporte à l’éventuelle gratitude du jeûneur,
et peut impliquer différentes notions :
- La vraie reconnaissance n’est pas nécessairement liée à l’aspect
extérieur du jeûne ou à l’abstention de nourriture,
- le jeûne doit au contraire être dépourvu de toute obtention et de tout mal,
- le jeûne n’est pas l’unique façon de nous montrer reconnaissants envers Dieu,
mais il y a d’autres moyens qui doivent être tous scrupuleusement
utilisés si l’on veut parler d’une authentique gratitude envers
Dieu, et si l’on veut avoir accompli son devoir envers son Seigneur.
Le troisième point à relever dans ce verset est le souci constamment présent
dans la loi de l’Islam de faciliter les choses aux fidèles. Cette loi fait
des cessions, non seulement en faveur des malades, mais aussi des voyageurs :
ils n’auront pas à jeûner durant le mois de Ramadhan, mais ils
pourront attendre une période plus propice. Le jeûne ne s’effectue
pas dans l’intérêt de Dieu, mais dans l’intérêt du jeûneur. En forçant un
malade à jeûner, on peut aggraver son mal et même hâter sa mort. L’Islam n’est ni
cruel ni dur, mais indulgent : “Dieu veut pour vous la facilité, Il ne veut pas pour vous
la difficulté” (Coran II-185).
Différentes sortes de jeûnes
Le jeûne peut présenter un caractère obligatoire pour tous, hommes et femmes
adultes, tel que le jeûne du mois de Ramadan. En d’autres
occasions, il n’est obligatoire que pour les auteurs de certaines
transgressions, à titre de pénitence ou d’expiation (par exemple, si,
contraint par les circonstances, on a violé un serment).
Le jeûne peut aussi être simplement méritoire, surérogatoire, sa non-observance
n’entraînant
pas de péché. C’est le cas , par exemple, des six jours de Chawwâl.
Le saint Prophète Mohammad a aussi interdit de jeûner en certaines occasions,
par exemple durant les deux jours de fête ou Id (le 1er de Chawwâl et 10 de
Dhul Hijjah). Il a également ordonné que le jeûne des musulmans ne couvre pas
le longues périodes sans interruption, même à titre surérogatoire : “Vous avez
également des devoirs à remplir envers vous-mêmes”
“Ton
seigneur a des droits sur toi
Ta famille a des droits sur toi
Ta personne a des droits sur toi
Donne à chacun ce qui lui revient”
(CF. Al Bukhâri - 149/8). Notre personne ne nous appartient pas : elle
appartient à Dieu, notre Seigneur. Elle nous est confiée et nous avons la
responsabilité de son bien-être.
Les chrétiens font une distinction entre le clergé et les laïcs. Les prêtres et
les moines jeûnent probablement dans une certaine mesure aujourd’hui encore,
mais les laïcs en sont pratiquement exemptés : quiconque travaille n’est pas
tenu de jeûner, qu’il soit étudiant, professeurs, ouvrier, commerçant, etc.
Chez les juifs, la rigueur du seul long jeûne annuel de 24 heures semble
expliquer le fait que très peu de gens d’esprit religieux l’observent.
Epoque du jeûne
Les juifs, les chrétiens et les hindous vivent au rythme de l’année
solaire, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un
calendrier lunaire avec jours intercalaires. Ainsi le temps du jeûne revient
toujours à la même saison.
Les musulmans suivent un calendrier purement lunaire, et par conséquence leur
temps de jeûne, le mois de Ramadhân, passe successivement par toutes les
saisons de l’année.
Quel est le système préférable à l’autre ?
Le globe terrestre sur lequel nous vivons ne connaît pas partout le même
climat? L’homme souffre des températures excessives, qu’elles
soient trop chaudes ou trop froides. Les saisons chaudes et les saisons froides
ne sont pas ressenties de la même façon d’une région à une autre pôles (au
Canada, au nord de l’Europe par exemple).
L’été est la
meilleure, saison près des pôles, mais absolument pas près de l’équateur et
dans les déserts sablonneux.
Le printemps peut être une saison tempérée, mais plusieurs pays près de l’équateur
(le sud de l’Inde par exemple) ne le connaissent pas, car il y a là que
trois saisons : L’hiver, L’été et la saison des pluies.
Dans une religion à vocation universelle, un jeûne fixé dans une saison
déterminée apportera donc constamment des avantages aux uns, constamment des
difficultés aux autres, ou une gêne au moins, pour les habitants de telle
régions.
Mais si les saisons du jeûne changent régulièrement, il y aura alternance des
avantages et des difficultés, et nul ne s’en prendra au législateur. En
outre rotation accoutumera chacun à jeûner en toute saison. Cet entraînement,
cette capacité à s’abstenir de manger pendant un hiver froid ou un été
brûlant donnera aux croyants une endurance qui leur servira dans l’adversité.
En outre, ceux qui ont un peu voyagé savent que les saisons ne sont pas les
mêmes partout au même moment : j’écris en janvier, et la radio
annonce qu’en certains points de France, il fait-40. Au même moment
en Argentine, il fait +40. Les saisons sont inversées de part et d’autre de l’équateur :
quand c’est l’hiver dans l’hémisphère nord, c’est l’été dans l’hémisphère
sud, et vice versa.
Si l’Islam avait ordonné le jeûne, mettons, en janvier de
chaque année, ce serait toujours en hiver pour certains musulmans, toujours en
été pour d’autres. Ou si l’Islam avait ordonné le jeûne,
mettons, en hiver, les uns jeûneraient en janvier, d’autres en
juillet, ceci entraînant une difficulté continuelle pour les habitants de
certaines régions ainsi qu’on l’a vu plus haut, et une absence d’unité.
Ayant jeûné à Paris, 29 janvier, j’arriverais après quelques heures
de vol en Afrique du Sud, et à mon grand désarroi aucune mosquée n’y
préparerait la fête de l’Aïd car ce ne serait pas la saison du jeûne!
Je pourrais également éviter entièrement le jeûne : je quitterais Paris à la
fin de décembre pour passer un mois en Afrique du Sud (où janvier ne serait pas
le mois du jeûne). Je regagne Paris en février et négligerais tranquillement le
jeûne de juillet (qui serait pratiqué en Afrique du Sud, mais non dans l’hémisphère
nord où se trouve Paris).
En d’autre termes, aucune communauté mondiale ne saurait
observer le jeûne en se basant sur l’année solaire sans causer de gêne
à ses fidèles.
Un jeûne basé sur l’année solaire conviendrait à une religion régionale, tout
en ne procurant cependant pas à ses fidèles l’occasion de jeûner en toutes
saisons.
Un jeûne fondé sur un calendrier lunaire semble donc la formule la plus
raisonnable et la mieux adaptée aux intérêts de la société. C’est en même
temps la seule solution pratique du problème pour une communauté mondiale.
Le sens du jeûne
Comme nous l’avons vu, l’Islam va dans le sens du bonheur
de l’homme dans ce monde et dans l’autre, avec
tout ce que cela implique. Suivant les notions islamiques, c’est dans l’au-delà que
chacun sera jugé d’après ce qu’il aura fait sur terre. Les
bienheureux, ceux qui auront atteint le succès, sont ceux qui trouveront alors
grâce aux jeux de Dieu, notre Seigneur.
Mais pour ce qui est du temps où nous vivons, l’homme étant fait non seulement d’une âme
mais aussi d’un corps, ce sont les effets matériels et spirituels du
jeûne qui nous préoccuperont dans cette étude.
Importance du motif et de l’intention
Chacun sait que le meurtre volontaire est abhorré par toutes les civilisations,
et toutes les religions condamnent le meurtrier à l’enfer alors
que la victime innocente, le martyr, mérite le Paradis.
Chacun sait aussi la défense d’une juste cause (la lutte contre un agresseur, par
exemple) est un devoir. Et celui qui tue un agresseur est considéré comme un
héros qui mérite toutes les récompenses sur la terre et au ciel.
La différence entre ces deux types de meurtres ne réside-t-elle pas seulement
dans l’intention ?
Ainsi, si l’on s’abstient de boire et manger sur ordre de son médecin n’accomplit-on
pas la même action que si on renonce à la nourriture et à la boisson pour obéir
aux Commandements de Dieu et pour Le servir ! Dieu est notre créateur, notre
législateur. Il nous recevra après notre mort et nous demandera compte de nos
actions ici-bas. Quiconque lui aura obéi obtiendra Sa miséricorde, même s’il n’a pas
découvert tous les secrets de Son Commandement. La pratique du jeûne sur l’ordre d’une
religion et d’une loi révélée entraîne l’obtention de la grâce Divine. Quel
avantage en ce monde et en l’autre peut surpasser la grâce éternelle du Seigneur ? Des
motifs matériels, de l’ostentation, ou d’autre semblables sentiments
terniraient la pureté de notre intention.
Que notre jeûne soit donc uniquement et exclusivement accompli pour plaire à
Dieu et suivre Ses Commandements ! C’est ce que nous enseignent aussi
les célèbres paroles du Messager de Dieu : “Les actions valent par les
intentions.” (Cité par Bukhâri.)
Aspect spirituels
L’expérience
démontre que les aveugles ont souvent une meilleure mémoire que ceux qui
voient, et que certains de leurs sens sont plus développés. En d’autres
termes, si certaines capacités demeurent sans emploi, elle peuvent, à
différents égards, aider à en renforcer d’autres. Il en va de même dans les
rapports entre le corps et l’âme, de même qu’un arbre que l’on émonde
porte plus de fleurs et de fruits.
Lorsque nous jeûnons, nous avons une conscience plus aiguë du mal et nous
résistons mieux aux tentations. Le jeûne nous conduit en outre à penser
davantage à Dieu, à mieux pratiquer la charité, et nous permet de goûter la
joie de l’obéissance au Seigneur.
Dieu Tout-Puissant a créé l’homme à son image (1), ainsi que l’a dit le
Prophète, selon Bukhâri et Muslim, et comme le proclame le Coran : “A la
couleur de Dieu ! Et qui plus que Dieu, est beau de couleur ?...” (II :
138).
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1) Cela bien entendu doit être interprété conformément à la conception
islamique de la Divinité qui s’exprime dans cette parole coranique “Rien qui
Lui soit semblable” (Coran XLII-11)
------------------------:
Que l’homme, donc, se mette à la couleur de Dieu! L’un des
attributs de Dieu, d’après le Coran (CI : 14) est d’être “celui qui
nourrit sans qu’on le nourrisse”... Lorsqu’un homme
jeûne, cet attribut de Dieu se reflète en lui : il renonce à satisfaire ses
désirs, mais fait les manières à faire le bien, ce qui lui apporte une
perception des qualités célestes qu’ont pu ressentir tous ceux qui en
ont fait l’expérience, mais que l’on ne saurait décrire.
Par ailleurs, l’homme, dans sa faiblesse, commet parfois des péchés ou
autres transgressions. Si plus tard sa conscience peut le convaincre qu’il a mal
agi il se repent. On sait par expérience que lorsque le coupable se tourmente
dans son repentir, il console en proportion de ce repentir et la réparation qu’il aura
apportée à sa faute. Dans cet esprit, il y a des châtiments prévus pour tous
les crimes, que ceux-ci aient été de nature spirituelle ou matérielle, qu’ils aient
été perpétrés par l’âme ou par le corps.
La destruction de soi-même étant exclue, quelle pénitence affligera plus un
homme que la prévention de ses satisfactions fondamentales, boire et manger?
Walioullah ad-Dihlawi a
été, au XVIIIe siècle, une personnalité dominante. Savant universel, respecté
de tous, il nous a laissé de nombreux ouvrages de grande valeur sur la
philosophie de la religion musulmane. Dans son célèbre ouvrage “Hujjatallâh
al-Bâlighah” (II, 36, “Sur le jeûne”), il a émis certaines remarques
pénétrantes sur les aspects spirituels de cette pratique, que nous traduisons
littéralement :
“Vu que l’excès d’animalité
empêche la nature angélique d’émerger, il était nécessaire que l’on cherchât
à dominer sa propre animalité. Vu que l’abondance des couches de l’animalité
et son excès tirent leur origine de la nourriture, de la boisson et d’un abus des
plaisir de la chair, le jeûne accomplit ce que ne peut faire l’abondance
de nourriture. Par conséquent, la méthode adéquate pour dominer l’animalité
consiste à s’en prendre à ses causes (l’excès d’animalité).
C’est pour
cela qu’il y a unanimité parmi tous ceux qui désirent voir émerger
la nature angélique de l’homme, comme de voir diminuer les aspects contraires
(nourriture, boisson, etc). Il n’y a pas de différence à cet égard
parmi les peuples du monde, en dépit des différences de religions, et de la
distance séparant les différents pays. En outre, l’ultime
objectif est que l’animalité de l’homme soit soumise à sa nature
angélique, afin que son animalité en suive les inspirations les directives et
se colore de sa couleur ; que cette nature angélique empêche son animalité de
prendre du sceau. Afin d’en arriver là, la seul méthode est que la nature angélique
de l’homme choisisse ce qui est conforme à ses propres
exigences et qu’il l’impose à sa nature animale; l’animalité
continuera à se soumettre à cette inspiration, ne se montrant ni obstinée ni
rebelle; la nature angélique continuera sans cesse à imposer ses exigences à l’animalité,
laquelle s’y soumettra et s’y accoutumera. Ces exigences
imposées par la nature angélique et appliquées tant bien que mal par l’animalité
appartiennent :
1 soit à la catégorie des choses qui étendent (remplissent de joie) la nature
angélique et contracte (contrarient) la nature animale tels que les efforts
faits pour ressembler — pour ainsi dire— au monde suprême (Jabarût),
faculté qui est une particularité exclusive de l’angélisme, l’animalité
en étant très éloignée,
2 soit au renoncement aux choses exigées par l’animalité qui la remplissent de
joie et lui procurent ses satisfactions. C’est à cette dernière catégorie qu’appartient
le jeûne.”
Les vertus du jeûne sont multiples et nombreux propos du Prophète en fond état.
Il n’est peut-être pas nécessaire ici d’entrer dans
les détails. Contentons-nous de rappeler que jeûne minimum consiste, en son
degré inférieur, à s’abstenir, de boisson et d’acte charnel de l’aurore au
coucher du soleil, et en son degré supérieur à s’abstenir en outre de tout acte,
toute parole, toute pensée susceptible et simple fait d’avoir faim,
en dehors de toute signification spirituelle. Et pourtant, quelle différence n’y a-t-il
pas entre ces deux états !
Aspect matériels
Les étudiants travaillent durant plusieurs mois consécutifs, puis prennent
leurs vacances d’été. Les employés travaillent 5, 6 jours, le reste de la
semaine étant un temps de repos et de loisirs. Les humains accomplissent, le
jour durant, des efforts physiques ou cérébraux, après quoi le sommeil vient
renouveler leurs facultés pour le jour suivant. Les machines elle-mêmes, les
outils ont besoin de repos ainsi qu’on l’observe pour les automobiles, les
locomotives, les avions, etc.
N’est-ce donc
pas raisonnable de penser que notre système digestif a, lui aussi, besoin de
repos ? En fait, c’est à peu près à cette conclusion qu’est arrivée
la médecine moderne, et de nombreux médecins, en Suisse, en Allemagne et
ailleurs, prescrivent la faim et la soif dans le cas de bien des maladies
chroniques, et cela pour des durées plus ou moins longues, selon la nature de
la maladie et résistance du malade.
Ces médecins ont également constaté que la faim et la soif provoquent une
sécrétion d’acides de différentes glandes, entraînant ainsi la
destruction de nombreux germes pathogènes, c’est-à-dire porteurs de maladies.
Les statistiques démontrent ainsi qu’on trouve plus rarement certaines
maladies, du système digestif entre autres, chez des sujets accoutumés à jeûner
chaque année.
A son tour, dans une étude basée sur longues recherches et de nombreuses
observations, la Dr Munib Yegin, de la Faculté de Médecine d’Erzurum
(Turquie), arrive à la conclusion suivante : “On a trouvé que, dans le jeûne
musulman, la mobilisation des lipides a augmenté à l’intérieur
des rangées physiologiques. Les échantillons de sang prélevés sur les mêmes
individu, aussi bien avant le jeûne du Ramadân (où le musulman jeûne le mois
entier) que dans la quatrième semaine du jeûne, furent analysés. Chez ces
jeûneurs, on a trouvé une augmentation dans le phospholipide et dans les
alpha-lipoprotéines tout comme une diminution dans les triglycérides et les
acides gras libres, cependant qu’il avait aucun changement dans le
total de cholestérol-lipoprotéines et de bêta-lipoprotéines. Les données
suggérant qu’il n’y avait aucune “faim physique” dans le
jeûne musulman. Normalement, la proportion de
bêta-lipoprotéines/aipha-lipoprotéines doit être de moins de 2,5. La proportion
en question (chez les individus objets d’observation) était tombée de 3,106
à 2,411, au cours du mois de jeûne, suggérant une plus grande disposition en
faveur de la santé. On a conclu que la sensation de faim, dans le jeûne
musulman, ne reflète pas une véritable “faim”, mais un état pychologique.” (Tip
Bulteni, Erzurum, OCAK 1980.)
Nous savons que l’homme a besoin de changer de climat, d’air et d’eau de
temps en temps. Les médecins envoient les gens qui relèvent de maladie vers d’autres
lieues que ceux où ils vivent ordinairement. Les plus favorisés des Occidentaux
passent un mois de vacances, l’été, hors de chez eux. En d’autres termes, il est nécessaire,
de temps à autre, de changer ses habitudes. C’est là, aussi, une forme de repos.
Nous voyons, par exemple, les agriculteurs faire alterner les semences sur un
même champ afin de donner ainsi un “repos” à la
terre.
L’uniformité
étant néfaste, l’Islam a interdit de jeûner l’année entière, même à ceux qui
voudraient en retirer des avantages spirituels. L’expérience a démontré également
que si l’on jeûne sans interruption, cela devient une habitude, une
seconde nature, et que le jeûneur n’enretire pas autant d’avantages
que celui qui jeûne par intermittence. Si l’on jeûne en effet plus de 40 jours
de suite, on s’y accoutume et si l’on jeûne moins d’un mois
cela n’a que peu d’effet.
Du point de vue militaire même, l’habitude de jeûner présente de
grands avantages. Les soldats, qui doivent parfois se battre jours et nuit, n’ont pas
toujours à boire et à manger. Quiconque a l’habitude de jeûner tout le mois de
Ramadhân, et qui est accoutumé aux prières supplémentaires du Tarawih durant la
nuit, est naturellement mieux préparé à ces épreuves que le soldat qui n’a jamais
pratiqué ces “exercices”.
L’habitude de
cette pratique permettra aux civils eux-mêmes de supporter avec plus d’aisance
certaines contraintes, telles que le couvre-feu, par exemple, qui n’est pas,
hélas, une chose exceptionnelle de par le monde. Enfin ceux qui jeûnent sur
ordre médical, ou par obligation quelconque, en retirent les avantages
matériels inhérents à cette pratique, mais, n’y associant aucune intention
spirituelle, ils n’en bénéficient pas spirituellement.
Les musulmans jeûnent dans l’intention de se conformer aux ordres de Dieu. Ils agissent
donc par piété et en sont récompensés. En même temps, ils n’en perdent
pas les avantages physiques et matériels.
Le jeûne dans la nature
Le jeûne est pratiqué non seulement par humains, mais aussi par toute la
nature, et celle-ci nous montre que, loin d’affaiblir le corps, le jeûne le
rajeunit et lui donne des forces accrues.
Ne le voit-on pas dans le fait que les plantes deviennent “malades” pendant l’hiver,
perdant complètement leur feuillage ? On cesse de les arroser, déclenchant
ainsi un temps de jeûne pour elles. A l’approche du printemps, quand elles
rompent ce jeûne, apparaît alors une luxuriance de feuilles et de fleurs,
promesse de fruits à venir, et elles retrouvent un aspect étonnamment juvénile.
C’est vrai
aussi pour les bêtes sauvages : quand la neige recouvre le sol, elles ne
trouvent plus rien à manger, et elles passent de longs mois dans les grottes,
en hibernation, sans manger ni boire. Mais quand, à l’approche du
printemps, elles rompent leur jeûne, les fourrures, les plumages se renouvellent
de façon extraordinaire, et les voilà toutes rejeunies! Bref, de quelque
manière que l’on considère la jeûne des musulmans, il se compare
favorablement avec la manière dont on jeûne partout dans le monde.
Quelques détails pratiques sue jeûne islamique
Temps du jeûne
Nous avons déjà rappelé que le Coran fait obligation de jeûner durant tout le
mois de Ramadân. Il s’agit là, bien entendu, d’un mois du calendrier de Hégire,
suivi par les musulmans demuis le temps de l’Envoyé de Dieu. C’est le 9e
mois de l’année.
L’année de
Hégire est basée sur un calendrier purement lunaire : chaque mois commence avec
l’apparition,
à l’horizon, de la nouvelle lune, au crépuscule, phénomène qui
se répète tous les 29 ou 30 jours. L’année a 354 jours (1) en chiffres
ronds. L’année chrétienne, elle est une année solaire, et d’après les
calculs grégoriens, elle a normalement 365 jours.
En conséquence, le Ramadân commence, par référence au rythme chrétien, chaque
année, 11 jours plus tôt que l’année précédente.
En supposant que le premier Ramadân correspondra :
-en L’an 1403 de l’Hégire, au 12 juin 1983
-en l’an 1404 de l’Hégire, au 1er juin 1984,
-en l’an 1405 de l’Hégire, au 21 mai 1985,
- en l’an 1406 de l’Hégire, au 29 avril 1987,
et ainsi de suite.
Il peut cependant y avoir une différence d’un jour entre les pays de l’Est et ceux
de l’Ouest. Cela dépend du moment où le premier quartier de
lune est vu dans chaque pays. Nous savons que les différentes phases de la lune
se forment au cours de ses révolutions autour de la terre. Par conséquent, il
peut arriver que la révolution de la terre qui tourne elle aussi, amène
celle-ci dans le plein jour au moment où le premier quartier de lune est formé.
On ne pourra donc pas le voir ce jour-là et le nouveau mois commencera un jour
plus tard, c’est-à-dire le lendemain du jour où le premier quartier de
lune était théoriquement visible.
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(1) cf. note P. 9
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Comme la nature elle-même qui, on l’a vu, ne prévoit pas l’uniformité,
l’Islam ne
tente pas de faire commencer le jeûne au même instant. Ainsi, quand il fait
jour en Suisse, c’est la nuit en Amérique de l’Ouest, et vice versa, chaque
millier de mille correspondant à un décalage d’environ une heure. Pour des
raisons analogues, le mois de Ramadân passe successivement par toutes les
saisons. Ceci entraîne une autre incidence : en raison de la rotondité de la
Terre, et de l’inclinaison de son axe, nous observons deux phénomènes :
-tout d’abord, si l’hiver règne dans les pays situés
au nord de l’équateur, ce sera l’été pour les pays situés au sud de
cette ligne. Ceci n’a pas de conséquence sérieuse ;
-ensuite, si la durée de la nuit et du jour est toujours à peu près égale au
niveau de l’équateur et de ses environs, il n’en va pas
de même lorsqu’on remonte vers les pôles. A des conditions particulières,
en Europe et au Canada, par exemple, il a fallu apporter des solutions
particulières et des théologiens s’y sont employés. On trouvera la
détail de ces solutions dans des ouvrages plus complets tels que l’Initiation
à l’Islam publiée par le Centre Culturel Islamique de Paris et
dans d’autres ouvrages.
Méthodes de jeûne
Le jeûne comprend :
-l’expression de l’intention de jeûner,
-l’abstention de manger, de boire, de fumer, de l’aube
(environ 1h 1/2 avant le lever du soleil) au crépuscule.
Entre le coucher du soleil et l’aube, l’assouvissement de nos besoins et désirs normaux n’est pas
limité. La vie de famille n’est pas interdite non plus. Quant à la nourriture, le
Saint Prophète a recommandé de prendre un repas normal le soir (iftar) au
coucher du soleil, et un repas léger avant l’aube (sahur). Ainsi qu’on a
procédé pour débuter le jeûne, on emploie une formule pour exprimer l’intention
de rompre au coucher du soleil. On rapporte que le Messager de Dieu disait au
moment de rupture du jeûne : “O Dieu, pour Toi j’ai jeûné, en Toi j’ai cru, et
avec Ta nourriture je romps le jeûne.” Il peut arriver que par mégarde,
on mange ou boive involontairement. Cela n’affecte point la validité du jour
de jeûne : dès que l’on se souvient qu’on est en temps de jeûne, on doit
cesser de boire, de manger, de fumer, etc.
L’hygiène
étant élément indispensable à la vie du musulman
— “ La
propreté est acte de foi” (Hadith rapporté par Muslim. Cf Ryad Assalihine-"
1029/8 — il va sans dire que le bain, même quotidien n’a aucun
effet invalidant sur le jeûne. Il est d’ailleurs recommandé d’en prendre
un avant la prière du vendredi. Lorsqu’on fait ses ablutions et que l’on se rince
la bouche avec l’eau, cela non plus ne compromet pas le jeûne.
Les enfants mineurs et infirmes sans ressources sont dispensés de jeûne. Les
infirmes, s’ils sont riches, doivent, en remplacement du jeûne,
nourrir un pauvre par jour de jeûne. En dehors de ces exceptions, tout adulte
musulman, homme ou femme, est tenu par la religion de jeûner chaque jour du
Ramadân. Les malades et les voyageurs ont le droit de retarder le jeûne pour la
durée de leur empêchement jusqu’à un moment plus opportun. Les femmes ne doivent pas
jeûner durant leur menstruation, le temps des lochies d’après l’accouchement,
et le temps de l’allaitement, si un bébé fragile ou malingre risque de
pâtir d’un allaitement moins riche. Elle rendront ces jours au
cours de l’année au moment de leur choix.
Normalement, le jeûne ne doit rien changer aux occupations quotidiennes, ni
servir de prétexte pour négliger ses devoirs. L’Islam n’approuve
jamais — et demande moins encore— que l’on veille
la nuit entière, et qu’ensuite la journée se passe dans le someil ou l’indolence.
Le jeûne implique un effort supplémentaire, l’accomplissement des devoirs d’importance
qu’à l’accoutumée, et tout cela sans nourriture, ni boisson.
Prescriptions diverses
On sait que la première révélation a été faite au Prophète Mohamed dans le mois
de Ramadân. Il convient, par conséquent, de réserver, tout en jeûnant, plus de
temps à l’étude du Saint Coran. Pour ceux qui ne connaissent pas l’arabe, qu’ils sachent
que des traductions existent dans pratiquement toutes les principales langues
du monde.
Une traduction faite par un musulman orthodoxe et pieux a plus de chances qu’une autre d’être
fidèle. Si possible, il faut lire au moins une fois le Coran tout entier au
cours du mois.
A la fin du mois de jeûne, a lieu la grande fête du premier jour du mois de
Chawwâl. Tôt le matin, on récite des prières en commun qui sont suivies d’un sermon
prononcé par l’Imam. Pour cette occasion, Le messager de Dieu a
recommandé aux fidèles de déjeûner avant de se rendre au lieu où on célèbre la
prière en commun.
C’est
également un devoir religieux pour les musulmans de donner à manger à un
pauvre. A l’origine, on ne distribuait pas seulement des dattes et des
raisins secs, mais également du blé, du riz, etc. L’intention
de cette pratique est d’inciter à la charité, qui doit être aussi individuelle,
privée et dépourvue de toute ostentation.
Dieu a dit : “Pour tout acte de charité, J’ai prescrit une récompense (
suivant la sincérité avec laquelle cet acte est accompli) de 10 à 700 fois sa
valeur, à l’exception du jeûne, qui est pour Moi, et Je le récompenserait
Moi-même, car on abandonne désirs et alimentes pour Moi Seul.” (Cf. Al
Bukhâri et Muslim 1213/1.)
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Muhammad HAMIDULLAH |