Pourquoi jeûner ?

Par Muhammad HAMIDULLAH

 

 

Toutes les civilisations anciennes, toutes les religions ont imposé à leurs fidèles quelques jours de jeûne par an. Pourquoi ? Etait-ce simple superstition, ou cette pratique comportait-elle une quelconque utilité ?

Nous vivons en un temps où chaque citoyen, riche ou pauvre, peut avoir accès à l’éducation. Nos gouvernements ne sont par ailleurs pas tenus à nous imposer la pratique de nos devoirs spirituels. C’est pourquoi il peut être de savoir si cet antique devoir du jeûne est encore dans l’intérêt de la société.

L’étude préliminaire et objective de ce sujet incombe d’autant plus aux musulmans que, non seulement la raison, mais encore le Coran, fondement même de l’Islam, le leur enjoint.

En effet, il n’est pas un seul des devoirs spirituels imposés par le Coran qui ne soit accompagné d’un appel à la réflexion, à la méditation, pour que l’homme puisse découvrir qu’il est dans son intérêt de l’accomplir. A maintes reprises, le Coran exhorte à ne pas suivre aveuglément les coutumes des ancêtres, mais à penser par soi-même, afin que l’homme soit, en toute justice, personnellement responsable de ses actes. L’être humain ne doit pas agir seulement par instinct comme les animaux, mais par décision personnelle comme il convient à un être à qui Dieu a donné la raison , à l’exclusion des autres créatures.

L’homme ne doit pas non plus plus se laisser berner par des mystifications qui isolent la raison de la religion, ni croire pour croire, sans conviction réelle.

Certes, les tempéraments diffèrent, et tous les individus n’ont pas les mêmes aspirations. Il sera par exemple raisonnable, du point de vue de tout un chacun, que celui qui entreprend quelque chose s’assure d’en obtenir une réussite matérielle.

Un pieux ermite, par contre, ne cherche que les avantages spirituels et le salut de l’au-delà, renonçant aux gains matériels sans y être contraint par quoi que ce soit. Dans l’une et l’autre de ces deux catégories, il y a très peu de gens qui poussent les choses à l’extrême. La très grande majorité des êtres humains aspire au bonheur dans l’au-delà aussi bien que sur terre.

A ce double point de vue, l’Islam se signale par la manière dont il pourvoit aux besoins des hommes, et le Coran (II,20) loue ceux qui s’adressent à Dieu dans leurs prières en ces termes : “Donne-nous belle part ici-bas, belle part aussi dans l’au-delà”, car c’est là l’idéal que cherche à inculquer l’Islam.

Comme le jeûne est imposé par le Coran même, n’est-ce pas aux Musulmans de chercher à découvrir le bien que cette institution leur procure dans ce monde et dans l’autre ?

L’homme étant à la fois corps et esprit, la poursuite exclusive des bienfaits pour une seule de ces composantes se fera au détriment de l’autre, et détruira l’équilibre de l’individu. L’intérêt véritable de l’homme exige l’harmonie entre le corps et l’âme, ainsi que leur heureuse coordination.

Si nous n’œuvrons qu’en faveur de l’esprit, nous deviendrons anges et même au-delà. Or, Dieu a déjà créé les anges et n’a pas besoin d’en augmenter le nombre.

De même, si nous dépensons toute notre énergie en faveur du bien-être matériel et de l’intérêt égoïste, nous deviendrons des bêtes, des diables, et même pire. Or, Dieu a déjà créé des êtres de ce genre, et, devenant bêtes ou diables, nous allons à l’encontre de l’intention divine qui présida à la création des êtres doués du pouvoir d’accomplir des œuvres, tant spirituelles que matérielles, et doués de raison pour distinguer le bien du mal.

Que l’homme s’efforce donc de développer et de coordonner tous les talents que Dieu lui a donnés !

Avant de tenter de pénétrer les fondements du jeûne, écoutons les termes précis dans lesquels le Coran promulgue ce décret :

Le jeûne et le Coran

Voici ce que dit le Coran à propos du jeûne :

“Hô, les Croyants! On vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous— peut-être seriez-vous pieux ! — pendant des jours comptés. Donc, quiconque d’entre vous est malade, ou en voyage, alors, qu’il compte d’autres jours. Mais pour ceux qui pourraient le supporter, il y a une rançon : la nourriture d’un pauvre. Et si quelqu’un fait plus, c’est bien pour lui : mais il est mieux pour vous de jeûner, si vous saviez !

C’est dans le moins de Ramadan qu’on a fait descendre le Coran comme Guidée pour les gens et en preuves de Guidée et discernement. Donc quiconque d’entre vous est présent à ce mois, qu’il le jeûne ! Et quiconque est malade ou en voyage, alors qu’il compte d’autre jours; —Dieu veut pour vous la facilité. Il ne veut pas pour vous la difficulté, mais que vous en accomplissiez bien le nombre, et proclamiez la grandeur de Dieu pour ce qu’il vous a guidés.

Peut-être seriez-vous reconnaissants !” (II : 183-5).

Au début de ce passage, il est dit que d’autres religions ordonnent aussi le jeûne. Voyons donc ce qu’elles enseignent à cet égard. Une comparaison avec l’Islam ne sera pas dépourvue d’intérêt.

 

Le jeûne dans les autres religions

L’Islam se considère comme religion révélée de tous temps à l’Humanité par l’intermédiaire des prophètes successifs, venus raviver la Vérité Eternelle et la purifier des apports ultérieurs, étrangers à l’enseignement de chaque Envoyé chargé, par mission divine, de guider son peuple.

Sabéisme : en l’honneur de la Lune, les Sabéens de Harrân observaient un jeûne de trente jours, ne mangeant ni ne buvant de l’aube au coucher du soleil ( cf. Encylopedia of Religion and Ethics, vol. 5, p.764, s.v. “Harrân”, citant Chwolson, Die Ssabier und der Ssabismus, II, 711, 226).

Abraham, Hanif (1), de bienheureuse mémoire, fut envoyé comme Prophète auprès des Sabéens de l’Irak.

A l’encontre de la tradition païenne, le Coran (XLI:37), lui, interdit d’adorer le Soleil ou la Lune. Mais, confirmant la restauration du Hanifisme, ou religion véridique du Prophète Abraham, il prescrit à ses fidèles un mois de jeûne.

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(1) Hanîf : en arabe, “celui qui s’écarte” (c’est-à-dire des religions erronées); par extension : monothéiste.

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Judaïsme : Les Israélites jeûnent un jour par an, le Yom Kippour, le 10 de Tichri, le 1er jour de leur calendrier, 24 heures durant, d’un coucher de soleil l’autre. Au cours de la prière qu’ils récitent, le Yom Kippour, ils disent : “Grâce à Ta Sollicitude infinie, O Eternel, tu nous a donné le Kippour pour la rémission de toutes nos fautes et as appelé cette fête sainte solennité, en souvenir de la sortie d’Egypte” (cf. Rituel de prière pour tous les jours de l’année, traduit par le Grand Rabbin S. Debré, 1932, p 679-681).

Les plus pieux parmi les juifs jeûnent les lundis de chaque semaine, en souvenir, expliquent-ils, de Moïse, de mémoire bénie, qui est monté sur le Mont Sinaï un jeudi, et en est redescendu 40 jours après, un lundi, muni des Table de la Loi (Encyclopedia Of Religion and Ethics, v. p. 765).

Les plus pieux parmi les juifs jeûnes les lundis et jeudis de chaque semaine, en souvenir, expliquent-ils, de Moïse, de mémoire bénie, qui est monté sur le Mont Sinaï un jeudi, et redescendu 40 jours après, un lundi, muni des Tables de la loi (Encyclopidia Of Religion and Ethics, v.p. 765).

Rappelons en passant qu’avant l’Islam, les Mecquois jeûnaient le âchoura (le 10 de Muharram, le 1er mois de leur calendrier) et qu’avant sa prédication de l’Islam, le Prophète jeûnait également ce jour. Il continua quand il arriva à Médine et ordonna d’en faire autant. Mais quand le jeûne de Ramadân fut prescrit, il abandonna celui de âchoura. Jeûna alors ce jour-là qui voulut, et s’en abstint qui voulut”.

(cf. Bukhâri 30/69/3).

Les Mecquois n’étant pas juifs, il est invraisemblable d’imaginer que ce jeûne ait été pratiqué sous une quelque influence juive. Peut-être y a-t il une origine commune plus ancienne, remontant aux Prophètes Abraham, ou même Noé. D’ailleurs, ce jeûne des Mecquois préislamiques ne durait pas 24 heures, contrairement à celui des juifs.

En passant, on constatera que ce jeûne de âchoura, antérieur à la révélation islamique, n’a par conséquent aucun rapport avec le martyre de l’Imam Hussein, petit-fils du Prophète, tué ce jour-là sur le champ de bataille, et ce, contrairement théories ch’ites.

Christianisme : Jésus, de mémoire bénie, jeûnait ( peut-être à la façon juive) et a recommandé de l’imiter, mais sans préciser l’époque ni la durée de ce jeûne.

Les premiers chrétiens ont pensé à son célèbre jeûne de 40jours dans le désert, et le carême fut consacré à l’abstinence et à la pénitence, en souvenir du Christ. Mais cette pratique n’était pas uniforme. Avant 439, les chrétiens de Rome jeûnaient pendant trois semaines, et ceux d’Alexandrie pendant sept semaines, avec cette particularité que les samedis et les dimanches n’étaient pas jeûnés, sauf le samedi saint. Cela faisait 36 jours en tout (cf. La Grande Encyclopédie, s.v. Carême).

On pensait que ces 36 jours représentaient la 10e partie d’une année complète. De même qu’on payait, à titre d’impôt religieux, la dîme (10e partie) sur les biens, on la payait sur les aliments et les boissons.

Or, rappelons en passant que l’année chrétienne (année solaire) comprend toujours plus de 360 jours. Considérer 36 jours de jeûne comme le 10e de l’année est donc un compte fictif.

Je ne sais quand les chrétiens d’Alexandrie ont pensé aux 36 jours, à l’encontre de la pratique de Rome, mais il convient de mentionner quelques paroles du Prophète de l’Islam : “Il y a impôt sur chaque chose, sur le corps étant le jeûne” (cf. Ibn Mâhah nº 1745). Et encore : “Quiconque jeûne tout le mois de Ramadan et y ajoute encore 6 jours dans le mois suivant, Chawwâl, c’est comme s’il jeûnait toute une année.” (cf. Ibn Mâjah n 1715). Le Coran (VI, 160) a bien dit : “Quiconque viendra avec un bien, à lui alors dix autant”. Le mois lunaire (islamique) compte de 29 à 30 jours, et l’année lunaire 355 jours (1) en chiffres ronds. Si on jeûne pendant une année 29j + 6j = 35j et une autre année 30j + 6j = 36j, ces jours, multipliés par dix, donneront alternativement 350 j et 360 j, soit une moyenne de 355 j, c’est-à-dire le nombre de jours de l’année.

Une autre méthode de calcul est suivante : 1 mois = 10 mois (puisque recomposé à 10 fois sa valeur) ; 6 jours = 60 jours = 2 mois ; 10 mois + 2 mois = 12 mois (nombre de mois de l’année entière).

Le jeûne n’incombait aux chrétiens qu’à l’âge de 21 ans. A la fin du 4e siècle, le jeûne pouvait être rompu aussitôt après la 9e heure (depuis le lever du soleil) c’est-à-dire 3 heures de l’après-midi, “moment où Jésus expira” (La Grande Encyclopédie, s.v. Carême). “Un capitulaire de Charlemagne portait peine de mort contre les infractions à la loi du Carême” (Idid).

Chez les Indiens Peaux-Rouges de l’Amérique : au méxique, les chefs religieux jeûnent 160 jours (cf. La Grande Encyclopédie, s.v. le jeûne).

Dans certaines religions, le jeûne était prescrit au printemps afin de diminuer les viols, très fréquents à cette époque.

Rappelons au passage cette citation du Saint Prophète Mohammad : “O jeunes gens, celui d’entre vous qui est capable d’entrer en ménagée doit se marier; quant à celui qui n’en a pas les moyens, qu’il jeûne, le jeûne lui est calmant” (Bukhâri, 67/2).

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(1) Le mois lunaire n’a pas toujours la même durée et, selon l’Observatoire de Paris, la lunaison dure 29 jours, plus de 6 à 20 jour suivant. La moyenne étant : 29,530588 jours. Donc l’année lunaire aura en moyenne 354,367056 jour. Mais il n’ y a pas de périodicité : il faut calculer pour chaque mois. On calcule, non pas selon la durée de lunaison, mais à partir de la vision de la nouvelle lune, tantôt en 29 jours, tantôt en 30 jours, ce qui absorbe les fractions. Et il y a parfois plusieurs mois consécutifs de 29 jours, et aussi plusieurs mois consécutifs de 30 jours.

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Hindouisme : les brahmanistes de l’Inde jeûnent religieusement lors des jours qu’ils considèrent comme importants : à l’anniversaire des fondateurs de leur religion, aux éclipses de lune ou de soleil... Ils s’abstiennent de s’alimenter jusqu’à 3 heures de l’après-midi. D’aucuns se contentent de modifier leurs habitudes : ils prennent du lait au lieu de pain.

Bouddisme : on peut dire que c’est l’hindouisme réformé. Seuls les lamas (moines) jeûnent chez eux parfois, jamais les masses. Ce rapide tour d’horizon suffit à démontrer le bien-fondé de la déclaration du Saint Coran : “Hô, les Crayants! On vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, peut-être seriez-vous pieux ! — pendant des jours comptés...”. Le jeûne existe donc bien aussi, dans les religions hindoue, bouddhiste et autres, mais nulle part il n’est observé comme il l’est chez les musulmans. Un autre trait curieux dans ce verset prescrivant le jeûne, et qui attire notre attention, c’est son ton d’imprécision apparente : “Peut-être seriez-vous pieux... et peut-être seriez-vous reconnaissants”. Pourquoi cette hésitation ? Il y a là une particularité du style coranique que l’on retrouve à maintes et maintes reprises.

Il en découle au moins deux idées :

- tout d’abord, la Toute-Puissance absolue de Dieu : en effet, Dieu peut faire ce qu’Il veut sans contrainte, et malgré le culte que nous lui rendons, Il n’est pas tenu de nous accorder ce que nous souhaiterons,

- en second lieu, le libre arbitre de l’homme : Dieu, à travers le Coran, nous dispense Son Enseignement, mais il dépend de nous d’apprendre ou de ne pas apprendre.

L’argument contenu dans le verset relatif aux effets du jeûne peut inspirer la crainte de Dieu aux uns, tandis que les autres persévéreront dans leur obstination.

Le ton dhésitation, dans le même verset, se rapporte à léventuelle gratitude du jeûneur, et peut impliquer différentes notions :
- La vraie reconnaissance n
est pas nécessairement liée à laspect extérieur du jeûne ou à labstention de nourriture,
- le jeûne doit au contraire être dépourvu de toute obtention et de tout mal,
- le jeûne n
est pas lunique façon de nous montrer reconnaissants envers Dieu, mais il y a dautres moyens qui doivent être tous scrupuleusement utilisés si lon veut parler dune authentique gratitude envers Dieu, et si lon veut avoir accompli son devoir envers son Seigneur.
Le troisième point à relever dans ce verset est le souci constamment présent dans la loi de l
Islam de faciliter les choses aux fidèles. Cette loi fait des cessions, non seulement en faveur des malades, mais aussi des voyageurs : ils nauront pas à jeûner durant le mois de Ramadhan, mais ils pourront attendre une période plus propice. Le jeûne ne seffectue pas dans lintérêt de Dieu, mais dans lintérêt du jeûneur. En forçant un malade à jeûner, on peut aggraver son mal et même hâter sa mort. LIslam nest ni cruel ni dur, mais indulgent : Dieu veut pour vous la facilité, Il ne veut pas pour vous la difficulté (Coran II-185).



Différentes sortes de jeûnes

Le jeûne peut présenter un caractère obligatoire pour tous, hommes et femmes adultes, tel que le jeûne du mois de Ramadan. En d
autres occasions, il nest obligatoire que pour les auteurs de certaines transgressions, à titre de pénitence ou dexpiation (par exemple, si, contraint par les circonstances, on a violé un serment).
Le jeûne peut aussi être simplement méritoire, surérogatoire, sa non-observance n
entraînant pas de péché. Cest le cas , par exemple, des six jours de Chawwâl.
Le saint Prophète Mohammad a aussi interdit de jeûner en certaines occasions, par exemple durant les deux jours de fête ou Id (le 1er de Chawwâl et 10 de Dhul Hijjah). Il a également ordonné que le jeûne des musulmans ne couvre pas le longues périodes sans interruption, même à titre surérogatoire :
Vous avez également des devoirs à remplir envers vous-mêmes

Ton seigneur a des droits sur toi
Ta famille a des droits sur toi
Ta personne a des droits sur toi
Donne à chacun ce qui lui revient


(CF. Al Bukhâri - 149/8). Notre personne ne nous appartient pas : elle appartient à Dieu, notre Seigneur. Elle nous est confiée et nous avons la responsabilité de son bien-être.
Les chrétiens font une distinction entre le clergé et les laïcs. Les prêtres et les moines jeûnent probablement dans une certaine mesure aujourd
hui encore, mais les laïcs en sont pratiquement exemptés : quiconque travaille nest pas tenu de jeûner, quil soit étudiant, professeurs, ouvrier, commerçant, etc.
Chez les juifs, la rigueur du seul long jeûne annuel de 24 heures semble expliquer le fait que très peu de gens d
esprit religieux lobservent.


Epoque du jeûne
Les juifs, les chrétiens et les hindous vivent au rythme de l
année solaire, soit directement, soit par lintermédiaire dun calendrier lunaire avec jours intercalaires. Ainsi le temps du jeûne revient toujours à la même saison.
Les musulmans suivent un calendrier purement lunaire, et par conséquence leur temps de jeûne, le mois de Ramadhân, passe successivement par toutes les saisons de l
année.
Quel est le système préférable à l
autre ?
Le globe terrestre sur lequel nous vivons ne connaît pas partout le même climat? L
homme souffre des températures excessives, quelles soient trop chaudes ou trop froides. Les saisons chaudes et les saisons froides ne sont pas ressenties de la même façon dune région à une autre pôles (au Canada, au nord de lEurope par exemple).
L
été est la meilleure, saison près des pôles, mais absolument pas près de léquateur et dans les déserts sablonneux.
Le printemps peut être une saison tempérée, mais plusieurs pays près de l
équateur (le sud de lInde par exemple) ne le connaissent pas, car il y a là que trois saisons : Lhiver, Lété et la saison des pluies.
Dans une religion à vocation universelle, un jeûne fixé dans une saison déterminée apportera donc constamment des avantages aux uns, constamment des difficultés aux autres, ou une gêne au moins, pour les habitants de telle régions.
Mais si les saisons du jeûne changent régulièrement, il y aura alternance des avantages et des difficultés, et nul ne s
en prendra au législateur. En outre rotation accoutumera chacun à jeûner en toute saison. Cet entraînement, cette capacité à sabstenir de manger pendant un hiver froid ou un été brûlant donnera aux croyants une endurance qui leur servira dans ladversité.
En outre, ceux qui ont un peu voyagé savent que les saisons ne sont pas les mêmes partout au même moment : j
écris en janvier, et la radio annonce quen certains points de France, il fait-40. Au même moment en Argentine, il fait +40. Les saisons sont inversées de part et dautre de léquateur : quand cest lhiver dans lhémisphère nord, cest lété dans lhémisphère sud, et vice versa.
Si l
Islam avait ordonné le jeûne, mettons, en janvier de chaque année, ce serait toujours en hiver pour certains musulmans, toujours en été pour dautres. Ou si lIslam avait ordonné le jeûne, mettons, en hiver, les uns jeûneraient en janvier, dautres en juillet, ceci entraînant une difficulté continuelle pour les habitants de certaines régions ainsi quon la vu plus haut, et une absence dunité.
Ayant jeûné à Paris, 29 janvier, j
arriverais après quelques heures de vol en Afrique du Sud, et à mon grand désarroi aucune mosquée ny préparerait la fête de lAïd car ce ne serait pas la saison du jeûne!
Je pourrais également éviter entièrement le jeûne : je quitterais Paris à la fin de décembre pour passer un mois en Afrique du Sud (où janvier ne serait pas le mois du jeûne). Je regagne Paris en février et négligerais tranquillement le jeûne de juillet (qui serait pratiqué en Afrique du Sud, mais non dans l
hémisphère nord où se trouve Paris).
En d
autre termes, aucune communauté mondiale ne saurait observer le jeûne en se basant sur lannée solaire sans causer de gêne à ses fidèles.
Un jeûne basé sur l
année solaire conviendrait à une religion régionale, tout en ne procurant cependant pas à ses fidèles loccasion de jeûner en toutes saisons.
Un jeûne fondé sur un calendrier lunaire semble donc la formule la plus raisonnable et la mieux adaptée aux intérêts de la société. C
est en même temps la seule solution pratique du problème pour une communauté mondiale.



Le sens du jeûne

Comme nous l
avons vu, lIslam va dans le sens du bonheur de lhomme dans ce monde et dans lautre, avec tout ce que cela implique. Suivant les notions islamiques, cest dans lau-delà que chacun sera jugé daprès ce quil aura fait sur terre. Les bienheureux, ceux qui auront atteint le succès, sont ceux qui trouveront alors grâce aux jeux de Dieu, notre Seigneur.
Mais pour ce qui est du temps où nous vivons, l
homme étant fait non seulement dune âme mais aussi dun corps, ce sont les effets matériels et spirituels du jeûne qui nous préoccuperont dans cette étude.



Importance du motif et de l
intention
Chacun sait que le meurtre volontaire est abhorré par toutes les civilisations, et toutes les religions condamnent le meurtrier à l
enfer alors que la victime innocente, le martyr, mérite le Paradis.
Chacun sait aussi la défense d
une juste cause (la lutte contre un agresseur, par exemple) est un devoir. Et celui qui tue un agresseur est considéré comme un héros qui mérite toutes les récompenses sur la terre et au ciel.
La différence entre ces deux types de meurtres ne réside-t-elle pas seulement dans l
intention ?
Ainsi, si l
on sabstient de boire et manger sur ordre de son médecin naccomplit-on pas la même action que si on renonce à la nourriture et à la boisson pour obéir aux Commandements de Dieu et pour Le servir ! Dieu est notre créateur, notre législateur. Il nous recevra après notre mort et nous demandera compte de nos actions ici-bas. Quiconque lui aura obéi obtiendra Sa miséricorde, même sil na pas découvert tous les secrets de Son Commandement. La pratique du jeûne sur lordre dune religion et dune loi révélée entraîne lobtention de la grâce Divine. Quel avantage en ce monde et en lautre peut surpasser la grâce éternelle du Seigneur ? Des motifs matériels, de lostentation, ou dautre semblables sentiments terniraient la pureté de notre intention.
Que notre jeûne soit donc uniquement et exclusivement accompli pour plaire à Dieu et suivre Ses Commandements ! C
est ce que nous enseignent aussi les célèbres paroles du Messager de Dieu : Les actions valent par les intentions. (Cité par Bukhâri.)

Aspect spirituels

L
expérience démontre que les aveugles ont souvent une meilleure mémoire que ceux qui voient, et que certains de leurs sens sont plus développés. En dautres termes, si certaines capacités demeurent sans emploi, elle peuvent, à différents égards, aider à en renforcer dautres. Il en va de même dans les rapports entre le corps et lâme, de même quun arbre que lon émonde porte plus de fleurs et de fruits.
Lorsque nous jeûnons, nous avons une conscience plus aiguë du mal et nous résistons mieux aux tentations. Le jeûne nous conduit en outre à penser davantage à Dieu, à mieux pratiquer la charité, et nous permet de goûter la joie de l
obéissance au Seigneur.
Dieu Tout-Puissant a créé l
homme à son image (1), ainsi que la dit le Prophète, selon Bukhâri et Muslim, et comme le proclame le Coran : A la couleur de Dieu ! Et qui plus que Dieu, est beau de couleur ?... (II : 138).
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1) Cela bien entendu doit être interprété conformément à la conception islamique de la Divinité qui s
exprime dans cette parole coranique Rien qui Lui soit semblable (Coran XLII-11)
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Que l
homme, donc, se mette à la couleur de Dieu! Lun des attributs de Dieu, daprès le Coran (CI : 14) est dêtre celui qui nourrit sans quon le nourrisse... Lorsquun homme jeûne, cet attribut de Dieu se reflète en lui : il renonce à satisfaire ses désirs, mais fait les manières à faire le bien, ce qui lui apporte une perception des qualités célestes quont pu ressentir tous ceux qui en ont fait lexpérience, mais que lon ne saurait décrire.
Par ailleurs, l
homme, dans sa faiblesse, commet parfois des péchés ou autres transgressions. Si plus tard sa conscience peut le convaincre quil a mal agi il se repent. On sait par expérience que lorsque le coupable se tourmente dans son repentir, il console en proportion de ce repentir et la réparation quil aura apportée à sa faute. Dans cet esprit, il y a des châtiments prévus pour tous les crimes, que ceux-ci aient été de nature spirituelle ou matérielle, quils aient été perpétrés par lâme ou par le corps.
La destruction de soi-même étant exclue, quelle pénitence affligera plus un homme que la prévention de ses satisfactions fondamentales, boire et manger?

Walioullah ad-Dihlawi a été, au XVIIIe siècle, une personnalité dominante. Savant universel, respecté de tous, il nous a laissé de nombreux ouvrages de grande valeur sur la philosophie de la religion musulmane. Dans son célèbre ouvrage Hujjatallâh al-Bâlighah (II, 36, Sur le jeûne), il a émis certaines remarques pénétrantes sur les aspects spirituels de cette pratique, que nous traduisons littéralement :
Vu que lexcès danimalité empêche la nature angélique démerger, il était nécessaire que lon cherchât à dominer sa propre animalité. Vu que labondance des couches de lanimalité et son excès tirent leur origine de la nourriture, de la boisson et dun abus des plaisir de la chair, le jeûne accomplit ce que ne peut faire labondance de nourriture. Par conséquent, la méthode adéquate pour dominer lanimalité consiste à sen prendre à ses causes (lexcès danimalité). Cest pour cela quil y a unanimité parmi tous ceux qui désirent voir émerger la nature angélique de lhomme, comme de voir diminuer les aspects contraires (nourriture, boisson, etc). Il ny a pas de différence à cet égard parmi les peuples du monde, en dépit des différences de religions, et de la distance séparant les différents pays. En outre, lultime objectif est que lanimalité de lhomme soit soumise à sa nature angélique, afin que son animalité en suive les inspirations les directives et se colore de sa couleur ; que cette nature angélique empêche son animalité de prendre du sceau. Afin den arriver là, la seul méthode est que la nature angélique de lhomme choisisse ce qui est conforme à ses propres exigences et quil limpose à sa nature animale; lanimalité continuera à se soumettre à cette inspiration, ne se montrant ni obstinée ni rebelle; la nature angélique continuera sans cesse à imposer ses exigences à lanimalité, laquelle sy soumettra et sy accoutumera. Ces exigences imposées par la nature angélique et appliquées tant bien que mal par lanimalité appartiennent :
1 soit à la catégorie des choses qui étendent (remplissent de joie) la nature angélique et contracte (contrarient) la nature animale tels que les efforts faits pour ressembler
pour ainsi dire au monde suprême (Jabarût), faculté qui est une particularité exclusive de langélisme, lanimalité en étant très éloignée,
2 soit au renoncement aux choses exigées par l
animalité qui la remplissent de joie et lui procurent ses satisfactions. Cest à cette dernière catégorie quappartient le jeûne.
Les vertus du jeûne sont multiples et nombreux propos du Prophète en fond état. Il n
est peut-être pas nécessaire ici dentrer dans les détails. Contentons-nous de rappeler que jeûne minimum consiste, en son degré inférieur, à sabstenir, de boisson et dacte charnel de laurore au coucher du soleil, et en son degré supérieur à sabstenir en outre de tout acte, toute parole, toute pensée susceptible et simple fait davoir faim, en dehors de toute signification spirituelle. Et pourtant, quelle différence ny a-t-il pas entre ces deux états !

Aspect matériels

Les étudiants travaillent durant plusieurs mois consécutifs, puis prennent leurs vacances d
été. Les employés travaillent 5, 6 jours, le reste de la semaine étant un temps de repos et de loisirs. Les humains accomplissent, le jour durant, des efforts physiques ou cérébraux, après quoi le sommeil vient renouveler leurs facultés pour le jour suivant. Les machines elle-mêmes, les outils ont besoin de repos ainsi quon lobserve pour les automobiles, les locomotives, les avions, etc.
N
est-ce donc pas raisonnable de penser que notre système digestif a, lui aussi, besoin de repos ? En fait, cest à peu près à cette conclusion quest arrivée la médecine moderne, et de nombreux médecins, en Suisse, en Allemagne et ailleurs, prescrivent la faim et la soif dans le cas de bien des maladies chroniques, et cela pour des durées plus ou moins longues, selon la nature de la maladie et résistance du malade.
Ces médecins ont également constaté que la faim et la soif provoquent une sécrétion d
acides de différentes glandes, entraînant ainsi la destruction de nombreux germes pathogènes, cest-à-dire porteurs de maladies. Les statistiques démontrent ainsi quon trouve plus rarement certaines maladies, du système digestif entre autres, chez des sujets accoutumés à jeûner chaque année.
A son tour, dans une étude basée sur longues recherches et de nombreuses observations, la Dr Munib Yegin, de la Faculté de Médecine d
Erzurum (Turquie), arrive à la conclusion suivante : On a trouvé que, dans le jeûne musulman, la mobilisation des lipides a augmenté à lintérieur des rangées physiologiques. Les échantillons de sang prélevés sur les mêmes individu, aussi bien avant le jeûne du Ramadân (où le musulman jeûne le mois entier) que dans la quatrième semaine du jeûne, furent analysés. Chez ces jeûneurs, on a trouvé une augmentation dans le phospholipide et dans les alpha-lipoprotéines tout comme une diminution dans les triglycérides et les acides gras libres, cependant quil avait aucun changement dans le total de cholestérol-lipoprotéines et de bêta-lipoprotéines. Les données suggérant quil ny avait aucune faim physique dans le jeûne musulman. Normalement, la proportion de bêta-lipoprotéines/aipha-lipoprotéines doit être de moins de 2,5. La proportion en question (chez les individus objets dobservation) était tombée de 3,106 à 2,411, au cours du mois de jeûne, suggérant une plus grande disposition en faveur de la santé. On a conclu que la sensation de faim, dans le jeûne musulman, ne reflète pas une véritable faim, mais un état pychologique. (Tip Bulteni, Erzurum, OCAK 1980.)
Nous savons que l
homme a besoin de changer de climat, dair et deau de temps en temps. Les médecins envoient les gens qui relèvent de maladie vers dautres lieues que ceux où ils vivent ordinairement. Les plus favorisés des Occidentaux passent un mois de vacances, lété, hors de chez eux. En dautres termes, il est nécessaire, de temps à autre, de changer ses habitudes. Cest là, aussi, une forme de repos. Nous voyons, par exemple, les agriculteurs faire alterner les semences sur un même champ afin de donner ainsi un repos à la terre.
L
uniformité étant néfaste, lIslam a interdit de jeûner lannée entière, même à ceux qui voudraient en retirer des avantages spirituels. Lexpérience a démontré également que si lon jeûne sans interruption, cela devient une habitude, une seconde nature, et que le jeûneur nenretire pas autant davantages que celui qui jeûne par intermittence. Si lon jeûne en effet plus de 40 jours de suite, on sy accoutume et si lon jeûne moins dun mois cela na que peu deffet.
Du point de vue militaire même, l
habitude de jeûner présente de grands avantages. Les soldats, qui doivent parfois se battre jours et nuit, nont pas toujours à boire et à manger. Quiconque a lhabitude de jeûner tout le mois de Ramadhân, et qui est accoutumé aux prières supplémentaires du Tarawih durant la nuit, est naturellement mieux préparé à ces épreuves que le soldat qui na jamais pratiqué ces exercices.
L
habitude de cette pratique permettra aux civils eux-mêmes de supporter avec plus daisance certaines contraintes, telles que le couvre-feu, par exemple, qui nest pas, hélas, une chose exceptionnelle de par le monde. Enfin ceux qui jeûnent sur ordre médical, ou par obligation quelconque, en retirent les avantages matériels inhérents à cette pratique, mais, ny associant aucune intention spirituelle, ils nen bénéficient pas spirituellement.
Les musulmans jeûnent dans l
intention de se conformer aux ordres de Dieu. Ils agissent donc par piété et en sont récompensés. En même temps, ils nen perdent pas les avantages physiques et matériels.

Le jeûne dans la nature

Le jeûne est pratiqué non seulement par humains, mais aussi par toute la nature, et celle-ci nous montre que, loin d
affaiblir le corps, le jeûne le rajeunit et lui donne des forces accrues.
Ne le voit-on pas dans le fait que les plantes deviennent
malades pendant lhiver, perdant complètement leur feuillage ? On cesse de les arroser, déclenchant ainsi un temps de jeûne pour elles. A lapproche du printemps, quand elles rompent ce jeûne, apparaît alors une luxuriance de feuilles et de fleurs, promesse de fruits à venir, et elles retrouvent un aspect étonnamment juvénile. Cest vrai aussi pour les bêtes sauvages : quand la neige recouvre le sol, elles ne trouvent plus rien à manger, et elles passent de longs mois dans les grottes, en hibernation, sans manger ni boire. Mais quand, à lapproche du printemps, elles rompent leur jeûne, les fourrures, les plumages se renouvellent de façon extraordinaire, et les voilà toutes rejeunies! Bref, de quelque manière que lon considère la jeûne des musulmans, il se compare favorablement avec la manière dont on jeûne partout dans le monde.
Quelques détails pratiques sue jeûne islamique

Temps du jeûne

Nous avons déjà rappelé que le Coran fait obligation de jeûner durant tout le mois de Ramadân. Il s
agit là, bien entendu, dun mois du calendrier de Hégire, suivi par les musulmans demuis le temps de lEnvoyé de Dieu. Cest le 9e mois de lannée.
L
année de Hégire est basée sur un calendrier purement lunaire : chaque mois commence avec lapparition, à lhorizon, de la nouvelle lune, au crépuscule, phénomène qui se répète tous les 29 ou 30 jours. Lannée a 354 jours (1) en chiffres ronds. Lannée chrétienne, elle est une année solaire, et daprès les calculs grégoriens, elle a normalement 365 jours.
En conséquence, le Ramadân commence, par référence au rythme chrétien, chaque année, 11 jours plus tôt que l
année précédente.
En supposant que le premier Ramadân correspondra :
-en L
an 1403 de lHégire, au 12 juin 1983
-en l
an 1404 de lHégire, au 1er juin 1984,
-en l
an 1405 de lHégire, au 21 mai 1985,
- en l
an 1406 de lHégire, au 29 avril 1987,
et ainsi de suite.
Il peut cependant y avoir une différence d
un jour entre les pays de lEst et ceux de lOuest. Cela dépend du moment où le premier quartier de lune est vu dans chaque pays. Nous savons que les différentes phases de la lune se forment au cours de ses révolutions autour de la terre. Par conséquent, il peut arriver que la révolution de la terre qui tourne elle aussi, amène celle-ci dans le plein jour au moment où le premier quartier de lune est formé. On ne pourra donc pas le voir ce jour-là et le nouveau mois commencera un jour plus tard, cest-à-dire le lendemain du jour où le premier quartier de lune était théoriquement visible.
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(1) cf. note P. 9
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Comme la nature elle-même qui, on l
a vu, ne prévoit pas luniformité, lIslam ne tente pas de faire commencer le jeûne au même instant. Ainsi, quand il fait jour en Suisse, cest la nuit en Amérique de lOuest, et vice versa, chaque millier de mille correspondant à un décalage denviron une heure. Pour des raisons analogues, le mois de Ramadân passe successivement par toutes les saisons. Ceci entraîne une autre incidence : en raison de la rotondité de la Terre, et de linclinaison de son axe, nous observons deux phénomènes :
-tout d
abord, si lhiver règne dans les pays situés au nord de léquateur, ce sera lété pour les pays situés au sud de cette ligne. Ceci na pas de conséquence sérieuse ;
-ensuite, si la durée de la nuit et du jour est toujours à peu près égale au niveau de l
équateur et de ses environs, il nen va pas de même lorsquon remonte vers les pôles. A des conditions particulières, en Europe et au Canada, par exemple, il a fallu apporter des solutions particulières et des théologiens sy sont employés. On trouvera la détail de ces solutions dans des ouvrages plus complets tels que lInitiation à lIslam publiée par le Centre Culturel Islamique de Paris et dans dautres ouvrages.
Méthodes de jeûne
Le jeûne comprend :
-l
expression de lintention de jeûner,
-l
abstention de manger, de boire, de fumer, de laube (environ 1h 1/2 avant le lever du soleil) au crépuscule.
Entre le coucher du soleil et l
aube, lassouvissement de nos besoins et désirs normaux nest pas limité. La vie de famille nest pas interdite non plus. Quant à la nourriture, le Saint Prophète a recommandé de prendre un repas normal le soir (iftar) au coucher du soleil, et un repas léger avant laube (sahur). Ainsi quon a procédé pour débuter le jeûne, on emploie une formule pour exprimer lintention de rompre au coucher du soleil. On rapporte que le Messager de Dieu disait au moment de rupture du jeûne : O Dieu, pour Toi jai jeûné, en Toi jai cru, et avec Ta nourriture je romps le jeûne. Il peut arriver que par mégarde, on mange ou boive involontairement. Cela naffecte point la validité du jour de jeûne : dès que lon se souvient quon est en temps de jeûne, on doit cesser de boire, de manger, de fumer, etc.
L
hygiène étant élément indispensable à la vie du musulman
La propreté est acte de foi (Hadith rapporté par Muslim. Cf Ryad Assalihine-" 1029/8 il va sans dire que le bain, même quotidien na aucun effet invalidant sur le jeûne. Il est dailleurs recommandé den prendre un avant la prière du vendredi. Lorsquon fait ses ablutions et que lon se rince la bouche avec leau, cela non plus ne compromet pas le jeûne.
Les enfants mineurs et infirmes sans ressources sont dispensés de jeûne. Les infirmes, s
ils sont riches, doivent, en remplacement du jeûne, nourrir un pauvre par jour de jeûne. En dehors de ces exceptions, tout adulte musulman, homme ou femme, est tenu par la religion de jeûner chaque jour du Ramadân. Les malades et les voyageurs ont le droit de retarder le jeûne pour la durée de leur empêchement jusquà un moment plus opportun. Les femmes ne doivent pas jeûner durant leur menstruation, le temps des lochies daprès laccouchement, et le temps de lallaitement, si un bébé fragile ou malingre risque de pâtir dun allaitement moins riche. Elle rendront ces jours au cours de lannée au moment de leur choix.
Normalement, le jeûne ne doit rien changer aux occupations quotidiennes, ni servir de prétexte pour négliger ses devoirs. L
Islam napprouve jamais et demande moins encore que lon veille la nuit entière, et quensuite la journée se passe dans le someil ou lindolence. Le jeûne implique un effort supplémentaire, laccomplissement des devoirs dimportance quà laccoutumée, et tout cela sans nourriture, ni boisson.

Prescriptions diverses

On sait que la première révélation a été faite au Prophète Mohamed dans le mois de Ramadân. Il convient, par conséquent, de réserver, tout en jeûnant, plus de temps à l
étude du Saint Coran. Pour ceux qui ne connaissent pas larabe, quils sachent que des traductions existent dans pratiquement toutes les principales langues du monde.
Une traduction faite par un musulman orthodoxe et pieux a plus de chances qu
une autre dêtre fidèle. Si possible, il faut lire au moins une fois le Coran tout entier au cours du mois.
A la fin du mois de jeûne, a lieu la grande fête du premier jour du mois de Chawwâl. Tôt le matin, on récite des prières en commun qui sont suivies d
un sermon prononcé par lImam. Pour cette occasion, Le messager de Dieu a recommandé aux fidèles de déjeûner avant de se rendre au lieu où on célèbre la prière en commun.
C
est également un devoir religieux pour les musulmans de donner à manger à un pauvre. A lorigine, on ne distribuait pas seulement des dattes et des raisins secs, mais également du blé, du riz, etc. Lintention de cette pratique est dinciter à la charité, qui doit être aussi individuelle, privée et dépourvue de toute ostentation.
Dieu a dit :
Pour tout acte de charité, Jai prescrit une récompense ( suivant la sincérité avec laquelle cet acte est accompli) de 10 à 700 fois sa valeur, à lexception du jeûne, qui est pour Moi, et Je le récompenserait Moi-même, car on abandonne désirs et alimentes pour Moi Seul. (Cf. Al Bukhâri et Muslim 1213/1.)

 

 

Muhammad HAMIDULLAH
Agé de 92 ans, Muhammad HAMIDULLAH a quitté Paris en 1996 suite à une longue hospitalisation. Il vit depuis à Philadelphie (USA) en compagnie de ses proches. La publication de ces textes est l’occasion de rendre hommage à cet homme d’une grande érudition, dont certains de nos collaborateurs ont eu l’honneur de le rencontrer avant son départ pour les Etats Unis.